Prologue partie I

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Prologue partie I

Message par OraNN le Mer 26 Juil - 14:03

L’Ombre des Rôdeurs


Prologue


Cela faisait une heure déjà que Carsius Closus patientait dans la sombre pièce principale de l’Auberge d’Arrile. Il avait attendu ainsi depuis le début de la soirée au beau milieu de cette épaisse odeur de rôti et de vin mal fermenté. Il y avait, ce soir là, plus de monde que d’habitude. La fin de l’été approchait et déjà les ombres naissaient de toute part sur les murs de pierre et les tapisseries de la pièce, allant et venant au grès des flammes du foyer principal. On aurait dit la surface ondulante d’une mer sombre.





La mer ; c’était pour cela que Carsius était venu jusqu’au port de Seyda Nyhin de grand train. L’arrivée du bateau avait été annoncée pour la fin de journée et il ne souhaitait pas manquer cette occasion. Il était assez rare que des prisonniers de sa majesté l’Empereur Septim soient libérés, et plus encore qu’il le soient sur Vardenfell. Le « bateau-prison », comme on avait coutume de le nommer, apportait de la main d’œuvre peu chère et souvent très déterminée. Certes, il s’agissait d’anciens forçats, mais cela valait le coup du risque. Carsius commençait tout juste à élargir l’assise de sa compagnie de transport de marchandises, et il avait besoin d’hommes n’ayant rien à perdre pour conduire les convois qu’il avait projeté d’envoyer vers les Terres de Cendre. Peut-être trouverait-il les hommes qu’il cherchait ?






La porte de la pièce principale s’ouvrit brusquement, et un garçon d’écurie apparu, essoufflé. Il inspira un grand coup alors que les rires et les commérages habituels faisaient place à un silence tout relatif : « Le bateau est en vue ! Il sera là d’ici une bonne demi-heure ! »
Le brouhaha repris le dessus alors qu’une dizaine d’hommes se levait pour se rendre dores et déjà sur le port. Carsius se leva à son tour et s’avança vers la sortie. Dehors, le soleil avait disparu derrière l’horizon, mais il faisait encore clair. La journée avait été belle, et l’air était encore chargé de chaleur. Carsius traversa tranquillement la place pour se rendre sur les quais. Il avait encore un peu de temps, mais déjà, il cherchait comment il allait pouvoir s’adresser aux anciens forçats. Qu’allait-il leur dire pour les convaincre de travailler pour lui ? Certes, l’argent pouvait tout arranger, mais il s’était promis de n’y recourir quand dernier lieu. Ses affaires étaient peut-être florissantes, mais il ne pouvait tout de même pas se permettre de verser de trop grosses primes, ceci d’autant plus qu’il devait avant tout s’assurer la fidélité de ses nouveaux hommes de main.





Il leva les yeux et constata que sa réflexion l’avait mené jusqu’aux quais. Une petite foule commençait à se former le long de la barrière protégeant le bureau des taxes. On pouvait y voir des hommes d’affaires d’un certain rang, des curieux en tout genre, des dockers, des enfants et quelques hommes dont les vêtements trahissaient un long et rude voyage. Carsius inspecta minutieusement la foule pour tenter de repérer de potentiels concurrents. Il commençait à se rassurer en l’absence de candidat crédible lorsqu’il se sentit lui-même désagréablement épié. Il balaya à nouveau les visages du regard et aperçu au bout d’un moment la silhouette d’un individu encapuchonné qui semblait le fixer de manière insistante. Un instant, il crut même pouvoir distinguer la vive lueur de ses yeux dissimulés sous le vêtement. Gêné, il se détourna un instant puis, se reprenant, il fit face de nouveau car il voulait être certain de ne pas avoir à faire à un espion d’une guilde concurrente…




Sans doute avait-il dû rêver car à l’endroit même où se tenait quelques instants plus tôt l’individu, il n’y avait absolument personne. Carsius voulu le chercher dans la foule mais l’agitation le rappela à ses préoccupations d’origine. Le bateau ne tarderait plus à accoster. Il inspira profondément, fit une prière à Almalexia, et attendit, le regard fixé sur le navire.

***

Les prisonniers descendaient les uns à la suite des autres, aveuglés par la lumière du soleil couchant. Il y avait principalement des Dunmers appelés aussi « Elfes Noirs », mais on trouvait aussi quelques humains de provenances diverses. Le capitaine du navire était en grande discussion avec l’officier du port, sans doute pour un désaccord concernant le prix de la livraison. Les intendants du bureau des taxes quant à eux s’employaient à dénombrer la « marchandise » et à la répertorier dans de grands registres impériaux.





Carsius inspectait de la tête aux pieds les différents individus qui allaient bientôt être libérés. Il voulait repérer à l’avance les hommes les plus robustes à qui il proposerait de travailler pour lui. Il avait déjà repéré deux dunmers remarquablement bien bâtis et un barbare des terres du Nord lorsqu’il aperçu, sortant à son tour du bateau-prison, un elfe de plus petite taille à la peau claire. Sans doute devait-il s’agir d’un « elfe des bois ». En Vardenfell, on parlait d’eux sous le nom de Bosmers. Carsius en voyait un pour la première fois, et il était surpris de le voir ici, sortant de galère.



On ne les voyait que peu dans les cités car ils avaient pour réputation d’être extrêmement discrets, et de vivre principalement dans les forêts. Certains avaient entendu dire qu’une ville entièrement construite dans les arbres avait été aperçue par des voyageurs au Nord de Seyda Nihyn. Mais personne n’avait pu toutefois s’en assurer. Parfois en voyait-on dans les tavernes à la tombée de la nuit pour vider les bourses des gros clients. Mais pour Carsius qui vivait dans les grands pâturages au Nord de l’île, c’était une première. Tout d’abord curieux, il se fit vite une raison en voyant que le Bosmer était plus petit et moins carré que les autres. Il ne ferait sans doute pas un combattant très performant, ni très endurant.




Comme c’était le dernier forçat, Carsius se dirigea vers la sortie du bureau des taxes, à l’endroit même où sortiraient les nouveaux hommes et elfes libres d’ici quelques instants. C’est ici aussi que les intéressés feraient leurs offres et que les graciés signeraient, pour certains, leur premier contrat. Il attendit donc. A l’extérieur de la ville l’attendait sa caravane et il ne souhaitait pas rentrer bredouille. Tout était en place pour accueillir les nouveaux mercenaires de façon à prendre bien garde à ce qu’ils ne jouent pas de mauvais tours.






A cet instant, la porte s’ouvrit pour laisser sortir le premier libéré. Aussitôt, des hommes se dirigèrent vers lui pour lui faire des offres. Mais il ne s’agissait pas encore de l’un de ceux que Carsius avait repéré. Aussi continua-t-il d'attendre avec une certaine impatience. Au fond de lui, il était assez stressé, mais il s’efforçait de garder une apparence calme et autoritaire. Enfin, vinrent ceux qu’il attendait. Il se dirigea tranquillement vers eux de manière à paraître relativement rassuré sur la supériorité de l’offre qu’il avait à faire.




«- Comment t’appelle-tu, demanda-t-il au premier dunmer ?
- Mon nom est Yanak. Aurais-tu quelque chose à me proposer ?
- Mon nom est Carsius Closus, et j’ai effectivement une excellente proposition à te faire.
- Est-ce bien payé, demanda immédiatement Yanak ?
- Mieux que toutes les autres propositions que les autres pourront te faire, affirma Carsius le visage calme. C’est à prendre ou à laisser, je ne tolèrerai aucune négociation.
- De quel travail s’agit-il pour que ce soit aussi bien payé que tu le dis, rétorqua Yanak soupçonneux ?
- J’ai besoin de gros bras pour conduire et protéger mes caravanes de marchandises à travers Vardenfell. Mon entreprise est florissante, si tu prouves ta valeur, de nombreuses opportunités t’attendent.
- Combien, répondit sèchement l’ancien forçat ?
- 150 pièces d’or au mois. »



Yanak parut réfléchir un moment. Mais Carsius était pressé car le second dunmer venait de sortir et il était déjà abordé par les autres potentiels employeurs. Le barbare de Soltheim ne tarderait pas non plus à faire son apparition.



« - J’accepte, répondit enfin Yanak. Mais si tu ne tiens pas parole, je ne donne pas cher de ta peau, dit-il menaçant.
Carsius qui était environ de la même taille que lui, lui saisit immédiatement le col de sa chemise dépenaillée et le rapprocha brusquement de son propre visage en sifflant
- Je n’accepte aucune menace de la part de mes employés et encore moins de ceux qui ne le sont pas encore. Par ailleurs, tu apprendras que je suis un homme de parole. Alors tiens-toi à la tienne et tu t’en sortiras bien. »



Il le lâcha et recula un peu. Les passants et les employeurs s’étaient arrêtés un instant pour regarder ce qui se passait. Yanak avait gardé tout son calme et regardait tranquillement son agresseur. Puis il sourit pour lui-même.



« - Nous nous sommes bien entendus. J’accepte de travailler pour toi, je ne t’agresse plus, et toi, tu ne me touches plus jamais comme tu viens de le faire.
- Nous nous sommes bien entendus, confirma Carsius en esquissant ce qui paraissait être un sourire. Maintenant va m’attendre à l’auberge d’Arrile et prends toi un verre. Je te rejoindrai d’ici une demi-heure. »




Yanak fit demi-tour et se dirigea vers l’auberge. Carsius put ainsi se consacrer au second candidat avec un soulagement évident. Mais pour celui-ci, tout se passa sans difficulté. L’offre de Carsius était supérieure aux autres propositions, et l’autorité dont il venait de faire preuve à l’égard de Yanak faisait de lui un entrepreneur crédible et donc susceptible de bien payer.



Le second dunmer se nommait Jiub. Il paraissait sympathique, cultivé et très intelligent tant et si bien que Carsius en vint à se demander s’il avait effectivement à faire à un ancien forçat. Il ne s’en fit que plus méfiant et se promit de jeter un œil particulier sur cette brillante recrue. Si tout se passait bien, il pourrait en faire à l’avenir un administrateur efficace.


« - Tu peux rejoindre le prénommé Yanak, qui a fait le trajet avec toi, à l’auberge d’Arrile. Je ne tarderai pas à vous y rejoindre. Prends un verre et bois le à ma santé.
- J’en boirai un d’abord à la mienne si ça ne vous fait rien, répondit Jiub joyeusement. La liberté et un bon job ça se fête ! Mais si vous payez bien, peut-être en boirai-je un à votre santé ! Mais derrière cette apparente humeur facile, il semblait se cacher un esprit bien plus calculateur.
- Ne bois pas trop, dunmer, répondit froidement Carsius ! Je ne veux pas d’ivrogne dans mes rangs ! »



Mais Jiub ne sembla pas se soucier de cet ordre. Il se dirigea impatiemment vers l’auberge. Le Nordique venait de sortir à son tour et, comme les hommes venaient à lui pour lui faire des offres, il les écarta sans douceur et se dirigea vers l’auberge d’Arrile en maugréant : « Je n’ai que faire de vos offres. Mes services ne sont pas à vendre ! »
Carsius le regarda s’éloigner vers la taverne.


« -Vous ne le convaincrez pas, je puis vous l’assurer.
Carsius sursauta et se retourna, surpris, pour voir qui lui parlait. Un elfe de taille moyenne se tenait face à lui et lui souriait. Carsius ne l’avait absolument pas entendu venir et n’avait pas senti sa présence avant que ce dernier ne parle.
- Comment peux-tu en être aussi certain Bosmer, répliqua-t-il en essayant de ne pas laisser paraître sa surprise.
- Vous le savez bien, répondit l’elfe. Vous m’avez vu descendre du bateau-prison et vous savez que je viens de faire une longue traversée dans les mêmes cales que lui.
- Et pourquoi refuse-t-il donc toute propositions ?
- Il souhaite regagner Soltheim et rejoindre son clan. Il m’en a longuement parlé lors de notre voyage. »



Carsius le dévisagea un moment. Le Bosmer avait la peau claire quoique brunie par le soleil, il avait une voix douce et chantante, et était plus grand qu’il ne le lui avait semblait la première fois. Mais le plus surprenant était ses yeux. D’un vert très sombre, ils paraissaient d’une profondeur telle que le négociant se demanda ce qui pouvait bien s’y cacher.



« - Je suppose que tu ne m’abordes pas sans raison, demanda Carsius soupçonneux.
- Non, c’est exact, répondit l’elfe très calmement. Je vous ai entendu dire que vous cherchiez des mercenaires pour accompagner vos convois de marchandises…
- Comment le sais-tu, coupa brusquement le marchand ?
- Je vous ai entendu le dire, reprit calmement l’elfe. Vous ne parlez pas particulièrement discrètement.
- …
- J’aimerais donc savoir où vous conduira votre prochaine caravane, car il se peut que la destination m’intéresse. Dans ce cas, étant donné que j’ai besoin d’un peu d’argent, je vous propose mes services. Ça remplacera mon « ami le barbare ».
- Je n’avais pas particulièrement prévu de t’embaucher. Tu n’as pas exactement la même carrure que « ton ami le barbare », exposa-t-il sans détour.
Mais le Bosmer ne parut pas vexé. Il se contenta de sourire.
- Mais vous avez besoin d’hommes qui n’ont rien à perdre et qui n’ont pas froid aux yeux, poursuivit l’elfe, sinon vous ne seriez pas là. Par ailleurs, sachez une chose : il ne faut jamais se fier aux apparences –il s’arrêta un instant puis demanda net- quel prix me proposez-vous ? »



Carsius regarda encore son interlocuteur en silence. Il le vouvoyait, ce qui donnait un sentiment d’éducation. Il paraissait très habile à écouter furtivement les conversations et à approcher les gens avec une discrétion parfaite. De plus, il semblait très fin d’esprit, d’une manière différente que Jiub. Il pouvait faire une recrue exceptionnelle en son genre, mais ce qui effrayait Carsius, c’était qu’il ne pouvait absolument pas cerner le personnage qui se tenait devant lui. Quelque chose lui disait que cet elfe était bien plus qu’il voulait en laisser paraître. Mais qu’avait-il à perdre de tenter le coup ? Chacune de ses embauches du jour représentait un risque. Pourquoi ce dernier l’inquiétait plus que les autres ?
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Re: Prologue partie I

Message par tiaremoana le Mar 1 Aoû - 14:36

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Prologue


Cela faisait une heure déjà que Carsius Closus patientait dans la sombre pièce principale de l’Auberge d’Arrile. Il avait attendu ainsi depuis le début de la soirée au beau milieu de cette épaisse odeur de rôti et de vin mal fermenté. Il y avait, ce soir là, plus de monde que d’habitude. La fin de l’été approchait et déjà les ombres naissaient de toute part sur les murs de pierre et les tapisseries de la pièce, allant et venant au gré des flammes du foyer principal. On aurait dit la surface ondulante d’une mer sombre.





La mer ; c’était pour cela que Carsius était venu jusqu’au port de Seyda Nyhin de grand train. L’arrivée du bateau avait été annoncée pour la fin de journée et il ne souhaitait pas manquer cette occasion. Il était assez rare que des prisonniers de sa majesté l’Empereur Septim soient libérés, et plus encore qu’il le soient sur Vardenfell. Le « bateau-prison », comme on avait coutume de le nommer, apportait de la main d’œuvre peu chère et souvent très déterminée. Certes, il s’agissait d’anciens forçats, mais cela valait le coup du risque. Carsius commençait tout juste à élargir l’assise de sa compagnie de transport de marchandises, et il avait besoin d’hommes n’ayant rien à perdre pour conduire les convois qu’il avait projeté d’envoyer vers les Terres de Cendre. Peut-être trouverait-il les hommes qu’il cherchait ?






La porte de la pièce principale s’ouvrit brusquement, et un garçon d’écurie apparu, essoufflé. Il inspira un grand coup alors que les rires et les commérages habituels faisaient place à un silence tout relatif : « Le bateau est en vue ! Il sera là d’ici une bonne demi-heure ! »
Le brouhaha repris le dessus alors qu’une dizaine d’hommes se levait pour se rendre dores et déjà sur le port. Carsius se leva à son tour et s’avança vers la sortie. Dehors, le soleil avait disparu derrière l’horizon, mais il faisait encore clair. La journée avait été belle, et l’air était encore chargé de chaleur. Carsius traversa tranquillement la place pour se rendre sur les quais. Il avait encore un peu de temps, mais déjà, il cherchait comment il allait pouvoir s’adresser aux anciens forçats. Qu’allait-il leur dire pour les convaincre de travailler pour lui ? Certes, l’argent pouvait tout arranger, mais il s’était promis de n’y recourir quand dernier lieu. Ses affaires étaient peut-être florissantes, mais il ne pouvait tout de même pas se permettre de verser de trop grosses primes, ceci d’autant plus qu’il devait avant tout s’assurer la fidélité de ses nouveaux hommes de main.





Il leva les yeux et constata que sa réflexion l’avait mené jusqu’aux quais. Une petite foule commençait à se former le long de la barrière protégeant le bureau des taxes. On pouvait y voir des hommes d’affaires d’un certain rang, des curieux en tout genre, des dockers, des enfants et quelques hommes dont les vêtements trahissaient un long et rude voyage. Carsius inspecta minutieusement la foule pour tenter de repérer de potentiels concurrents. Il commençait à se rassurer en l’absence de candidat crédible lorsqu’il se sentit lui-même désagréablement épié. Il balaya à nouveau les visages du regard et aperçu au bout d’un moment la silhouette d’un individu encapuchonné qui semblait le fixer de manière insistante. Un instant, il crut même pouvoir distinguer la vive lueur de ses yeux dissimulés sous le vêtement. Gêné, il se détourna un instant puis, se reprenant, fit face de nouveau car il voulait être certain de ne pas avoir à faire à un espion d’une guilde concurrente…




Sans doute avait-il dû rêver car à l’endroit même où l’individu se tenait quelques instants plus tôt, il n’y avait absolument personne. Carsius voulu le chercher dans la foule mais l’agitation le rappela à ses préoccupations d’origine. Le bateau ne tarderait plus à accoster. Il inspira profondément, fit une prière à Almalexia, et attendit, le regard fixé sur le navire.

***

Les prisonniers descendaient les uns à la suite des autres, aveuglés par la lumière du soleil couchant. Il y avait principalement des Dunmers appelés aussi « Elfes Noirs », mais on trouvait aussi quelques humains de provenances diverses. Le capitaine du navire était en grande discussion avec l’officier du port, sans doute pour un désaccord concernant le prix de la livraison. Les intendants du bureau des taxes quant à eux s’employaient à dénombrer la « marchandise » et à la répertorier dans de grands registres impériaux.





Carsius inspectait de la tête aux pieds les différents individus qui allaient bientôt être libérés. Il voulait repérer à l’avance les hommes les plus robustes à qui il proposerait de travailler pour lui. Il avait déjà repéré deux dunmers remarquablement bien bâtis et un barbare des terres du Nord lorsqu’il aperçu, sortant à son tour du bateau-prison, un elfe de plus petite taille à la peau claire. Sans doute devait-il s’agir d’un « elfe des bois ». En Vardenfell, on parlait d’eux sous le nom de Bosmers. Carsius en voyait un pour la première fois, et il était surpris de le voir ici, sortant de galère.



On ne les voyait que peu dans les cités car ils avaient pour réputation d’être extrêmement discrets, et de vivre principalement dans les forêts. Certains avaient entendu dire qu’une ville entièrement construite dans les arbres avait été aperçue par des voyageurs au Nord de Seyda Nihyn. Mais personne n’avait pu toutefois s’en assurer. Parfois en voyait-on dans les tavernes à la tombée de la nuit pour vider les bourses des gros clients. Mais pour Carsius qui vivait dans les grands pâturages au Nord de l’île, c’était une première. Tout d’abord curieux, il se fit vite une raison en voyant que le Bosmer était plus petit et moins carré que les autres. Il ne ferait sans doute pas un combattant très performant, ni très endurant.




Comme c’était le dernier forçat, Carsius se dirigea vers la sortie du bureau des taxes, à l’endroit même où sortiraient les nouveaux hommes et elfes libres d’ici quelques instants. C’est ici aussi que les intéressés feraient leurs offres et que les graciés signeraient, pour certains, leur premier contrat. Il attendit donc. A l’extérieur de la ville l’attendait sa caravane et il ne souhaitait pas rentrer bredouille. Tout était en place pour accueillir les nouveaux mercenaires de façon à prendre bien garde à ce qu’ils ne jouent pas de mauvais tours.






A cet instant, la porte s’ouvrit pour laisser sortir le premier libéré. Aussitôt, des hommes se dirigèrent vers lui pour lui faire des offres. Mais il ne s’agissait pas encore de l’un de ceux que Carsius avait repéré. Aussi continua-t-il d'attendre avec une certaine impatience. Au fond de lui, il était assez stressé, mais il s’efforçait de garder une apparence calme et autoritaire. Enfin, vinrent ceux qu’il attendait. Il se dirigea tranquillement vers eux de manière à paraître relativement rassuré sur la supériorité de l’offre qu’il avait à faire.




«- Comment t’appelle-tu, demanda-t-il au premier dunmer ?
- Mon nom est Yanak. Aurais-tu quelque chose à me proposer ?
- Mon nom est Carsius Closus, et j’ai effectivement une excellente proposition à te faire.
- Est-ce bien payé, demanda immédiatement Yanak ?
- Mieux que toutes les autres propositions que les autres pourront te faire, affirma Carsius le visage calme. C’est à prendre ou à laisser, je ne tolèrerai aucune négociation.
- De quel travail s’agit-il pour que ce soit aussi bien payé que tu le dis, rétorqua Yanak soupçonneux ?
- J’ai besoin de gros bras pour conduire et protéger mes caravanes de marchandises à travers Vardenfell. Mon entreprise est florissante, si tu prouves ta valeur, de nombreuses opportunités t’attendent.
- Combien, répondit sèchement l’ancien forçat ?
- 150 pièces d’or au mois. »



Yanak parut réfléchir un moment. Mais Carsius était pressé car le second dunmer venait de sortir et il était déjà abordé par les autres potentiels employeurs. Le barbare de Solstheim ne tarderait pas non plus à faire son apparition.



« - J’accepte, répondit enfin Yanak. Mais si tu ne tiens pas parole, je ne donne pas cher de ta peau, dit-il menaçant.
Carsius qui était environ de la même taille que lui, lui saisit immédiatement le col de sa chemise dépenaillée et le rapprocha brusquement de son propre visage en sifflant
- Je n’accepte aucune menace de la part de mes employés et encore moins de ceux qui ne le sont pas encore. Par ailleurs, tu apprendras que je suis un homme de parole. Alors tiens-toi à la tienne et tu t’en sortiras bien. »



Il le lâcha et recula un peu. Les passants et les employeurs s’étaient arrêtés un instant pour regarder ce qui se passait. Yanak avait gardé tout son calme et regardait tranquillement son agresseur. Puis il sourit pour lui-même.



« - Nous nous sommes bien entendus. J’accepte de travailler pour toi, je ne t’agresse plus, et toi, tu ne me touches plus jamais comme tu viens de le faire.
- Nous nous sommes bien entendus, confirma Carsius en esquissant ce qui paraissait être un sourire. Maintenant va m’attendre à l’auberge d’Arrile et prends toi un verre. Je te rejoindrai d’ici une demi-heure. »




Yanak fit demi-tour et se dirigea vers l’auberge. Carsius put ainsi se consacrer au second candidat avec un soulagement évident. Mais pour celui-ci, tout se passa sans difficulté. L’offre de Carsius était supérieure aux autres propositions, et l’autorité dont il venait de faire preuve à l’égard de Yanak faisait de lui un entrepreneur crédible et donc susceptible de bien payer.



Le second dunmer se nommait Jiub. Il paraissait sympathique, cultivé et très intelligent tant et si bien que Carsius en vint à se demander s’il avait effectivement à faire à un ancien forçat. Il ne s’en fit que plus méfiant et se promit de jeter un œil particulier sur cette brillante recrue. Si tout se passait bien, il pourrait en faire à l’avenir un administrateur efficace.


« - Tu peux rejoindre le prénommé Yanak, qui a fait le trajet avec toi, à l’auberge d’Arrile. Je ne tarderai pas à vous y rejoindre. Prends un verre et bois le à ma santé.
- J’en boirai un d’abord à la mienne si ça ne vous fait rien, répondit Jiub joyeusement. La liberté et un bon job ça se fête ! Mais si vous payez bien, peut-être en boirai-je un à votre santé ! Mais derrière cette apparente humeur facile, il semblait se cacher un esprit bien plus calculateur.
- Ne bois pas trop, dunmer, répondit froidement Carsius ! Je ne veux pas d’ivrogne dans mes rangs ! »



Mais Jiub ne sembla pas se soucier de cet ordre. Il se dirigea impatiemment vers l’auberge. Le Nordique venait de sortir à son tour et, comme les hommes venaient à lui pour lui faire des offres, il les écarta sans douceur et se dirigea vers l’auberge d’Arrile en maugréant : « Je n’ai que faire de vos offres. Mes services ne sont pas à vendre ! »
Carsius le regarda s’éloigner vers la taverne.


« -Vous ne le convaincrez pas, je puis vous l’assurer.
Carsius sursauta et se retourna, surpris, pour voir qui lui parlait. Un elfe de taille moyenne se tenait face à lui et lui souriait. Carsius ne l’avait absolument pas entendu venir et n’avait pas senti sa présence avant que ce dernier ne parle.
- Comment peux-tu en être aussi certain Bosmer, répliqua-t-il en essayant de ne pas laisser paraître sa surprise.
- Vous le savez bien, répondit l’elfe. Vous m’avez vu descendre du bateau-prison et vous savez que je viens de faire une longue traversée dans les mêmes cales que lui.
- Et pourquoi refuse-t-il donc toute propositions ?
- Il souhaite regagner Solstheim et rejoindre son clan. Il m’en a longuement parlé lors de notre voyage. »



Carsius le dévisagea un moment. Le Bosmer avait la peau claire quoique brunie par le soleil, il avait une voix douce et chantante, et était plus grand qu’il ne le lui avait semblait la première fois. Mais le plus surprenant était ses yeux. D’un vert très sombre, ils paraissaient d’une profondeur telle que le négociant se demanda ce qui pouvait bien s’y cacher.



« - Je suppose que tu ne m’abordes pas sans raison, demanda Carsius soupçonneux.
- Non, c’est exact, répondit l’elfe très calmement. Je vous ai entendu dire que vous cherchiez des mercenaires pour accompagner vos convois de marchandises…
- Comment le sais-tu, coupa brusquement le marchand ?
- Je vous ai entendu le dire, reprit calmement l’elfe. Vous ne parlez pas particulièrement discrètement.
- …
- J’aimerais donc savoir où vous conduira votre prochaine caravane, car il se peut que la destination m’intéresse. Dans ce cas, étant donné que j’ai besoin d’un peu d’argent, je vous propose mes services. Ça remplacera mon « ami le barbare ».
- Je n’avais pas particulièrement prévu de t’embaucher. Tu n’as pas exactement la même carrure que « ton ami le barbare », exposa-t-il sans détour.
Mais le Bosmer ne parut pas vexé. Il se contenta de sourire.
- Mais vous avez besoin d’hommes qui n’ont rien à perdre et qui n’ont pas froid aux yeux, poursuivit l’elfe, sinon vous ne seriez pas là. Par ailleurs, sachez une chose : il ne faut jamais se fier aux apparences –il s’arrêta un instant puis demanda net- quel prix me proposez-vous ? »



Carsius regarda encore son interlocuteur en silence. Il le vouvoyait, ce qui donnait un sentiment d’éducation. Il paraissait très habile à écouter furtivement les conversations et à approcher les gens avec une discrétion parfaite. De plus, il semblait très fin d’esprit, d’une manière différente que Jiub. Il pouvait faire une recrue exceptionnelle en son genre, mais ce qui effrayait Carsius, c’était qu’il ne pouvait absolument pas cerner le personnage qui se tenait devant lui. Quelque chose lui disait que cet elfe était bien plus qu’il voulait en laisser paraître. Mais qu’avait-il à perdre de tenter le coup ? Chacune de ses embauches du jour représentait un risque. Pourquoi ce dernier l’inquiétait-il plus que les autres ?
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