[livre] A l'écoute de ses rêves (Not Quite Dead)

Aller en bas

[livre] A l'écoute de ses rêves (Not Quite Dead)

Message par OraNN le Dim 23 Juil - 17:00

Ce livre est de Not Quite Dead qui accepte qu'il soit utilisé dans l'Archipel de Pertevue. Merci à lui I love you

Tiaremoana, si tu veux, tu peux corriger les fautes si tu en vois. Merci encore pour tes corrections. Wink

-----------------------------------------------------

A L’ECOUTE DE SES REVES

Drame en cinq actes avec malédiction, pugilat et danses lascives.
Anonyme.


Dramatis Personae :

Le Prologue
Théodard Amaury, Baron de D.
Lysyvyra, la Plus Jeune Fille du Baron
Rodastyr Gaerwing, un Chevalier au Corbeau
Ambrosius, un Prêtre de Julianos
Omen, un Sorcier Malfaisant
Vaermina, une Daedra
Quelques Gardes Idiots
L’Epilogue

Acte Premier

Scène 1
Devant le rideau baissé.

(Entrée en scène du Prologue.)

LE PROLOGUE: Bienvenue, bienvenue, bonnes gens de [ajouter ici le nom du trou paumé où l’on représente la pièce] ! Je ne saurais vous dire à quel point cela me fait plaisir de voir que vous êtes venus si nombreux, malgré le froid et la nuit tombante. Pas plus que je ne saurais vous dire combien doit être grand le soulagement du directeur de la troupe. Oh, ce n’est pas sans raison qu’il s’inquiétait à propos de la représentation de ce soir, remarquez, attendu que, pour quelque obscure raison, cette pièce n’a pas eu un accueil très chaleureux en Hauteroche. Hah ! Les gardes de Glenpoint nous avaient même expuls… Hem ! Peu importe.

Quoi qu’il en soit, vous avez eu raison de venir ici ce soir, bonnes gens de [nom du patelin] ! Car vous verrez une pièce exceptionnelle qui plaira à tous ! Appréciez-vous les Infâmes Personnages trafiquant avec des Forces Démoniaques Dépassant l’Entendement Humain ? Les Prêtres Imbus de Leur Personne ? La séduction que dégagent d’Ingénues Jeunes Filles de Noble Lignage ? Les combats épiques ? Les conspirations contre le pouvoir établi ? Les effets spéciaux magiques renversants ? Cette pièce contient tout cela, et bien plus de choses admirables encore ! Tantôt, Mesdames, vous verrez à quelles tragiques extrémités la force irrésistible de l’Amour peut conduire une âme enamourée ! Tantôt, Messieurs, vous assisterez à de mortels combats et à des danses lascives exécutées par de fort accortes jouvencelles !

Et par-dessus le marché, votre serviteur le Prologue vous promet une Fin des Plus Inattendues… Vous pouvez me faire confiance : vous n’êtes pas prêts d’oublier cette soirée.

Bien… je n’ai déjà que trop parlé et les autres acteurs devraient avoir fini de préparer le décor à présent. Ouvrons donc l’intrigue sur les sombres souterrains d’un château en ruine, où deux gardes commencent à s’inquiéter.

(Le Prologue sort.) (Le rideau se lève.)

Scène 2
Un obscur corridor de pierres, le neuvième jour de Hauts Zénith, au soir.

(Entrent précautionneusement deux gardes, portant des torches. Ils chuchotent et regardent nerveusement à l’entour alors qu’ils avancent lentement vers la partie gauche de la scène.)

PREMIER GARDE (claquant des dents) : Je… j’aime pas ça… On n’aurait p-p-pas dû entrer…

SECOND GARDE : La ferme.

(Bref silence.)

PREMIER GARDE : Descendre ici était une m-m-mauvaise idée. Et si on tombe nez à nez avec un
m-m-mort-vivant ?

SECOND GARDE : J’ai dit "la ferme" !

(Bref silence)

PREMIER GARDE : On m’a dit que certains de ces m-m-monstres étaient invulnérables. Que l’acier peut pas les blesser, juste les mettre plus en rogne encore.

SECOND GARDE : Je t’ai pas dit de la fermer ?

PREMIER GARDE (s’arrêtant subitement) : Chut !

SECOND GARDE : Quoi ? quoi ?

PREMIER GARDE (montrant le fond de la scène) : J’ai entendu grincer quelque chose, par là !

(Bref silence.)

SECOND GARDE : J’entends rien.

(Bref silence.)

PREMIER GARDE : Ooooh ! Stendarr ! Aie pitié d’un p-p-pauvre Breton !

SECOND GARDE : Y a rien là-bas.

PREMIER GARDE : Je suis sûr que j’ai entendu quelque chose !

SECOND GARDE (avec un soupir) : Par Julianos ! Tu veux que j’y aille jeter un oeil ?

PREMIER GARDE : Non ! S’il te plaît, non ! M-m-me laisse pas tout seul dans le noir !

SECOND GARDE : Dans le noir ? Tu portes une foutue torche !

PREMIER GARDE : N’y va pas quand même ! Ca… ça déchirerait ton visage et sucerait tes boyaux et je… je… je crois pas que j’arriverais à me frayer un chemin tout seul jusqu’à l’entrée…

SECOND GARDE : Ecoute, Herbert. D’une, cette saleté d’entrée est juste à cinq mètres d’ici. De deux, il n’y a absolument rien derrière cette colonne. Rien, c’est vu ? De trois, on est entré pour découvrir pourquoi le Chevalier Gaerwing revient pas et on retournera pas en arrière jusqu’à ce qu’on l’ait trouvé. Vivant. Et qu’on se soit chargé de ce nécromancien dont on doit se charger ! De quatre…

PREMIER GARDE : Mais… mais… mais… le Chevalier nous a dit de l’attendre à l’entrée. De n-n-nous assurer que le sorcier file pas par là !

SECOND GARDE (les yeux au ciel) : Ca ! Je m’demande bien pourquoi il nous a pas demandé de l’accompagner.

PREMIER GARDE : On a des ordres ! On devrait re-retourner dehors et l’at-t-tendre !

SECOND GARDE : Tu te souviens pourquoi qu’on est entrés ? Le bruit bizarre que tu as dit avoir entendu dans les bois ? Et les yeux brillants que t’as vu dans les fourrés ? T’as dit que rien ne pouvait être pire qu’attendre dehors sans savoir ce qui était arrivé au Chevalier Gaerwing.

PREMIER GARDE : J’a… j’avais tort ! Tout ce que je veux c’est sortir de cet horrible endroit !

(Un hurlement effrayant s’élève de la gauche.) (Le Premier Garde s’enfuit vers la droite.)

Scène 3

SECOND GARDE (criant à l’adresse du Premier Garde) : Lâche ! Sale lâche ! Reviens ! Reviens tout de suite !

(Bref silence.)

SECOND GARDE (s’adressant à l’extrémité gauche de la scène) : J’ai pas p-p-peur ! Montre-toi si t-t-tu l’oses ! Je… je t-t-t’attends !

(Second hurlement.)

SECOND GARDE (s’enfuyant à son tour et criant au Premier Garde) : Hé ! Attends-moi !

Scène 4

(Troisième hurlement s’achevant sur un gargouillis.) (De la gauche entre Rodastyr Gaerwing, essuyant la lame de sa claymore.)

RODASTYR GAERWING : Ce que ces zombies peuvent être agaçants ! Bon sang ! J’ai même ébréché mon épée sur le dernier. (Soupir.) Je vais devoir rendre une autre visite au forgeron de l’Ordre. (Il s’arrête et regarde à l’entour.) Bon. Quoi qu’il en soit… si je ne fais pas erreur, ce passage secret m’a ramené à l’entrée. Etrange. J’ai exploré avec soin la place forte tout entière, et toujours aucune trace de ce nécromancien. Mmmh… Réfléchissons. Il y avait bien une bouilloire, toujours sur le feu, en bas… et comme je suppose qu’aucun de ses mignons ne consomme de thé à la menthe… Supposons qu’il m’ait entendu lorsque ce gardien squelette s’est écroulé contre la porte de son laboratoire et qu’il se soit enfui… Ce serait très probablement par ce passage secret… et s’il l’a fait, il devrait se trouver quelque part dans les environs.

OMEN (dissimulé derrière une colonne, à l’arrière-plan) : Merde !

RODASTYR GAERWING : Nécromancien Omen, je présume ?

OMEN (s’approchant précautionneusement de l’avant-scène) : Heu… j’espère que vous n’allez pas vous montrer violent à nouveau. Je me rends, vous voyez, alors vous n’avez pas besoin de pointer cette épée vers ma gorge.

RODASTYR GAERWING : Vous vous rendez ?

OMEN : Evidemment que je me rends. Vous avez massacré toute ma maisonnée –ce qui était, indépendamment du fait qu’ils étaient pour la plupart tous déjà morts, une façon plutôt indélicate de vous annoncer. Et maintenant, vous menacer un vieil homme avec votre arme, un autre comportement assez déplacé pour un Chevalier, si vous voulez mon avis. N’importe qui avec un soupçon de bon sens –et aucun moyen de s’enfuir– se rendrait.

RODASTYR GAERWING : Oh, je vous en prie ! Ecoutez-vous parler ! Seriez-vous en train d’essayer de me faire passer pour un criminel ? Vous êtes un nécromancien bien connu ! Et quant à votre “maisonnée”… ils n’étaient rien d’autre qu’un ramassis de mort-vivants assoiffés de chair humaine !

OMEN : Et quoi ? En tant que bon et brave chevalier, cela vous autoriserait donc à fracturer ma serrure, les détruire, et me faire violence ? J’imagine que si j’étais une jeune sorcière, vous m’auriez violenté dans la foulée, le tout au service de la Justice ?

RODASTYR GAERWING : Ecoutez, Omen. J’ai reçu l’ordre de sa seigneurie le Baron Amaury de vous arrêter. Les villageois de Vanborne se plaignent de toutes ces disparitions, des profanations du cimetière local et des hurlements continuels qui résonnent en ces lieux.

OMEN : “Qui veut brûler son voisin l’accuse de servir l’usurpateur Camoran.”

RODASTYR GAERWING : J’ai vu votre laboratoire et tous ces corps… et ce que vous avez… fait aux villageois que vos serviteurs ont enlevés. Alors je crains qu’une discussion surréaliste et un proverbe dénué de sens ne suffisent pas à me convaincre de votre innocence. Aucun acte ne saurait être plus approprié aux idéaux chevaleresques que de vous empêcher de nuire.

OMEN (applaudissant) : Quel acte noble, en vérité ! Bravo ! Bravo ! (Avec ironie.) Vous ne seriez donc pas venu ici en vue d’obtenir quelque récompense personnelle ? Comme la main de la plus jeune fille du Baron, par exemple ?

RODASTYR GAERWING : Par Arkay ! Comment avez-vous… ?

OMEN : Et vous êtes-vous demandé pourquoi le Baron Amaury se soucie si soudainement du sort des gens de Vanborne ? Cela fait des années qu’ils demandent son aide.

RODASTYR GAERWING : …

OMEN : Alors, si vous êtes ici pour me livrer aux bourreaux du Baron, je vous prie de ne pas avoir le culot de me dire que vous agissez par amour du Bien, de la Justice et de la Chevalerie, alors que toute cette affaire relève principalement d’intérêts personnels. Oh, ne vous inquiétez pas. Je vous suivrai malgré tout, puisque j’y suis destiné. Mais je doute fortement que cela vous aide à obtenir cette demoiselle dont vous êtes tant épris. Votre Baron se sert de vous, tout comme il se sert des gens de Vanborne. Il reviendra sur sa parole, vous pouvez me croire.

(Exeunt Omen et Rodastyr Gaerwing.) (Le rideau se baisse.)

Scène 5
Devant le rideau baissé.

(Entrée en scène de l’Epilogue.)

L’EPILOGUE : Et bien il semblerait que nous en ayons fini avec le premier acte. Mouais. Je ne peux pas dire que j’aie été convaincu par cette interprétation. Omen s’était si mal caché derrière sa colonne en carton que j’ai clairement entendu quelqu’un, au sein de notre cher public, demander “Que diable fout ce vieux débris au fond de la scène ?” et ce au tout début de la seconde scène. Et bien, mon ami au regard pénétrant, je crains que vous n’ayez ruiné tout l’effet dramatique de son apparition soudaine deux scène plus tard, attendu que tout le monde avait les yeux fixé sur lui et lui faisait signe de s’en aller.

(Soupir.)

Enfin, j’espère que vous ne vous sentez pas trop coupable si la première partie de notre pièce n’était pas si bonne. Parce que le dramaturge est sans doute bien plus coupable que vous. Vous avez remarqué cette erreur -pourtant fondamentale- qu’il a commise ? Nous avons dû endurer ses dialogues peu inspirés pendant tout un acte sans qu’il nous permette ne serait-ce que d’apercevoir une actrice ! C’est tout simplement honteux. Quoi qu’il en soit, vous ne devriez pas quitter vos places : je sais de source sûre que la pièce va devenir bien plus intéressante dès le second acte.

(Silence embarrassé.)

Du moins, je l’espère.

En toute franchise.

(L’Epilogue sort.)

Ainsi s’achève le Première Acte


Dernière édition par le Mar 20 Nov - 7:58, édité 1 fois
OraNN
OraNN
Admin

Nombre de messages : 1808
Age : 33
Localisation : Un peu partout dans l'Archipel !
Date d'inscription : 16/04/2006

Voir le profil de l'utilisateur http://pertevue.bb-fr.com

Revenir en haut Aller en bas

Re: [livre] A l'écoute de ses rêves (Not Quite Dead)

Message par tiaremoana le Mar 1 Aoû - 13:13

correction : entre autre, j'ai modifé cette phrase

(Exeunt Omen et Rodastyr Gaerwing.) (Le rideau se baisse.) => j'ai remplacé le début par ( Exit Omen .... ° voir si j'ai bien compris le sens

texte corrigé :

A L’ECOUTE DE SES REVES

Drame en cinq actes avec malédiction, pugilat et danses lascives.
Anonyme.


Dramatis Personae :

Le Prologue
Théodard Amaury, Baron de D.
Lysyvyra, la plus jeune fille du Baron
Rodastyr Gaerwing, un chevalier au Corbeau
Ambrosius, un prêtre de Julianos
Omen, un sorcier malfaisant
Vaermina, une Daedra
Quelques gardes idiots
L’épilogue

Acte Premier

Scène 1
Devant le rideau baissé.

(Entrée en scène du Prologue.)

LE PROLOGUE: Bienvenue, bienvenue, bonnes gens de [ajouter ici le nom du trou paumé où l’on représente la pièce] ! Je ne saurais vous dire à quel point cela me fait plaisir de voir que vous êtes venus si nombreux, malgré le froid et la nuit tombante. Pas plus que je ne saurais vous dire combien doit être grand le soulagement du directeur de la troupe. Oh, ce n’est pas sans raison qu’il s’inquiétait à propos de la représentation de ce soir, remarquez, attendu que, pour quelque obscure raison, cette pièce n’a pas eu un accueil très chaleureux en Hauteroche. Ha ! Les gardes de Glenpoint nous avaient même expuls… Hem ! Peu importe.

Quoi qu’il en soit, vous avez eu raison de venir ici ce soir, bonnes gens de [nom du patelin] ! Car vous verrez une pièce exceptionnelle qui plaira à tous ! Appréciez-vous les infâmes personnages trafiquant avec des forces démoniaques dépassant l’entendement humain ? Les prêtres imbus de leur personne ? La séduction que dégagent d’ingénues jeunes filles de noble lignage ? Les combats épiques ? Les conspirations contre le pouvoir établi ? Les effets spéciaux magiques renversants ? Cette pièce contient tout cela, et bien plus de choses admirables encore ! Tantôt, Mesdames, vous verrez à quelles tragiques extrémités la force irrésistible de l’amour peut conduire une âme enamourée ! Tantôt, Messieurs, vous assisterez à de mortels combats et à des danses lascives exécutées par de fort accortes jouvencelles !

Et par-dessus le marché, votre serviteur le Prologue vous promet une fin des plus inattendues… Vous pouvez me faire confiance : vous n’êtes pas prêts d’oublier cette soirée.

Bien… je n’ai déjà que trop parlé et les autres acteurs devraient avoir fini de préparer le décor à présent. Ouvrons donc l’intrigue sur les sombres souterrains d’un château en ruine, où deux gardes commencent à s’inquiéter.

(Le Prologue sort.) (Le rideau se lève.)

Scène 2
Un obscur corridor de pierres, le neuvième jour de Hauts Zénith, au soir.

(Entrent précautionneusement deux gardes, portant des torches. Ils chuchotent et regardent nerveusement à l’entour alors qu’ils avancent lentement vers la partie gauche de la scène.)

PREMIER GARDE (claquant des dents) : Je… j’aime pas ça… On n’aurait p-p-pas dû entrer…

SECOND GARDE : La ferme.

(Bref silence.)

PREMIER GARDE : Descendre ici était une m-m-mauvaise idée. Et si on tombe nez à nez avec un m-m-mort-vivant ?

SECOND GARDE : J’ai dit "la ferme" !

(Bref silence)

PREMIER GARDE : On m’a dit que certains de ces m-m-monstres étaient invulnérables. Que l’acier ne peut pas les blesser, juste les mettre plus en rogne encore.

SECOND GARDE : Je t’ai pas dit de la fermer ?

PREMIER GARDE (s’arrêtant subitement) : Chut !

SECOND GARDE : Quoi ? quoi ?

PREMIER GARDE (montrant le fond de la scène) : J’ai entendu grincer quelque chose, par là !

(Bref silence.)

SECOND GARDE : J’entends rien.

(Bref silence.)

PREMIER GARDE : Ooooh ! Stendarr ! Aie pitié d’un p-p-pauvre Breton !

SECOND GARDE : Y a rien là-bas.

PREMIER GARDE : Je suis sûr que j’ai entendu quelque chose !

SECOND GARDE (avec un soupir) : Par Julianos ! Tu veux que j’aille y jeter un oeil ?

PREMIER GARDE : Non ! S’il te plaît, non ! M-m-me laisse pas tout seul dans le noir !

SECOND GARDE : Dans le noir ? Tu portes une foutue torche !

PREMIER GARDE : N’y va pas quand même ! Ca… ça déchirerait ton visage et sucerait tes boyaux et je… je… je crois pas que j’arriverais à me frayer un chemin tout seul jusqu’à l’entrée…

SECOND GARDE : Ecoute, Herbert. D’une, cette saleté d’entrée est juste à cinq mètres d’ici. De deux, il n’y a absolument rien derrière cette colonne. Rien, c’est vu ? De trois, on est entré pour découvrir pourquoi le Chevalier Gaerwing revient pas et on retournera pas en arrière jusqu’à ce qu’on l’ait trouvé. Vivant. Et qu’on se soit chargé de ce nécromancien dont on doit se charger ! De quatre…

PREMIER GARDE : Mais… mais… mais… le Chevalier nous a dit de l’attendre à l’entrée. De n-n-nous assurer que le sorcier file pas par là !

SECOND GARDE (les yeux au ciel) : Ca ! Je m’demande bien pourquoi il ne nous a pas demandé de l’accompagner.

PREMIER GARDE : On a des ordres ! On devrait re-retourner dehors et l’at-t-tendre !

SECOND GARDE : Tu te souviens pourquoi on est entrés ? Le bruit bizarre que tu as dit avoir entendu dans les bois ? Et les yeux brillants que t’as vu dans les fourrés ? T’as dit que rien ne pouvait être pire qu’attendre dehors sans savoir ce qui était arrivé au Chevalier Gaerwing.

PREMIER GARDE : J’a… j’avais tort ! Tout ce que je veux c’est sortir de cet horrible endroit !

(Un hurlement effrayant s’élève de la gauche.) (Le Premier Garde s’enfuit vers la droite.)

Scène 3

SECOND GARDE (criant à l’adresse du Premier Garde) : Lâche ! Sale lâche ! Reviens ! Reviens tout de suite !

(Bref silence.)

SECOND GARDE (s’adressant à l’extrémité gauche de la scène) : J’ai pas p-p-peur ! Montre-toi si t-t-tu l’oses ! Je… je t-t-t’attends !

(Second hurlement.)

SECOND GARDE (s’enfuyant à son tour et criant au Premier Garde) : Hé ! Attends-moi !

Scène 4

(Troisième hurlement s’achevant sur un gargouillis.) (De la gauche entre Rodastyr Gaerwing, essuyant la lame de sa claymore.)

RODASTYR GAERWING : Ce que ces zombies peuvent être agaçants ! Bon sang ! J’ai même ébréché mon épée sur le dernier. (Soupir.) Je vais devoir rendre une autre visite au forgeron de l’Ordre. (Il s’arrête et regarde à l’entour.) Bon. Quoi qu’il en soit… si je ne fais pas erreur, ce passage secret m’a ramené à l’entrée. Etrange. J’ai exploré avec soin la place forte tout entière, et toujours aucune trace de ce nécromancien. Mmmh… Réfléchissons. Il y avait bien une bouilloire, toujours sur le feu, en bas… et comme je suppose qu’aucun de ces mignons ne consomme de thé à la menthe… Supposons qu’il m’ait entendu lorsque ce gardien squelette s’est écroulé contre la porte de son laboratoire et qu’il se soit enfui… Ce serait très probablement par ce passage secret… et s’il l’a fait, il devrait se trouver quelque part dans les environs.

OMEN (dissimulé derrière une colonne, à l’arrière-plan) : Merde !

RODASTYR GAERWING : Nécromancien Omen, je présume ?

OMEN (s’approchant précautionneusement de l’avant-scène) : Heu… j’espère que vous n’allez pas vous montrer violent à nouveau. Je me rends, vous voyez, alors vous n’avez pas besoin de pointer cette épée vers ma gorge.

RODASTYR GAERWING : Vous vous rendez ?

OMEN : Evidemment que je me rends. Vous avez massacré toute ma maisonnée –ce qui était, indépendamment du fait qu’ils étaient pour la plupart tous déjà morts, une façon plutôt indélicate de vous annoncer. Et maintenant, vous menacez un vieil homme avec votre arme, un autre comportement assez déplacé pour un Chevalier, si vous voulez mon avis. N’importe qui avec un soupçon de bon sens –et aucun moyen de s’enfuir– se rendrait.

RODASTYR GAERWING : Oh, je vous en prie ! Ecoutez-vous parler ! Seriez-vous en train d’essayer de me faire passer pour un criminel ? Vous êtes un nécromancien bien connu ! Et quant à votre “maisonnée”… ils n’étaient rien d’autre qu’un ramassis de mort-vivants assoiffés de chair humaine !

OMEN : Et quoi ? En tant que bon et brave chevalier, cela vous autoriserait donc à fracturer ma serrure, les détruire, et me faire violence ? J’imagine que si j’étais une jeune sorcière, vous m’auriez violenté dans la foulée, le tout au service de la Justice ?

RODASTYR GAERWING : Ecoutez, Omen. J’ai reçu l’ordre de sa seigneurie le Baron Amaury de vous arrêter. Les villageois de Vanborne se plaignent de toutes ces disparitions, des profanations du cimetière local et des hurlements continuels qui résonnent en ces lieux.

OMEN : “Qui veut brûler son voisin l’accuse de servir l’usurpateur Camoran.”

RODASTYR GAERWING : J’ai vu votre laboratoire et tous ces corps… et ce que vous avez… fait aux villageois que vos serviteurs ont enlevés. Alors je crains qu’une discussion surréaliste et un proverbe dénué de sens ne suffisent pas à me convaincre de votre innocence. Aucun acte ne saurait être plus approprié aux idéaux chevaleresques que de vous empêcher de nuire.

OMEN (applaudissant) : Quel acte noble, en vérité ! Bravo ! Bravo ! (Avec ironie.) Vous ne seriez donc pas venu ici en vue d’obtenir quelque récompense personnelle ? Comme la main de la plus jeune fille du Baron, par exemple ?

RODASTYR GAERWING : Par Arkay ! Comment avez-vous… ?

OMEN : Et vous êtes-vous demandé pourquoi le Baron Amaury se soucie si soudainement du sort des gens de Vanborne ? Cela fait des années qu’ils demandent son aide.

RODASTYR GAERWING : …

OMEN : Alors, si vous êtes ici pour me livrer aux bourreaux du Baron, je vous prie de ne pas avoir le culot de me dire que vous agissez par amour du Bien, de la Justice et de la Chevalerie, alors que toute cette affaire relève principalement d’intérêts personnels. Oh, ne vous inquiétez pas. Je vous suivrai malgré tout, puisque j’y suis destiné. Mais je doute fortement que cela vous aide à obtenir cette demoiselle dont vous êtes tant épris. Votre Baron se sert de vous, tout comme il se sert des gens de Vanborne. Il reviendra sur sa parole, vous pouvez me croire.

(Exeunt Omen et Rodastyr Gaerwing.) (Le rideau se baisse.)

Scène 5
Devant le rideau baissé.

(Entrée en scène de l’Epilogue.)

L’EPILOGUE : Et bien il semblerait que nous en ayons fini avec le premier acte. Mouais. Je ne peux pas dire que j’aie été convaincu par cette interprétation. Omen s’était si mal caché derrière sa colonne en carton que j’ai clairement entendu quelqu’un, au sein de notre cher public, demander “Que diable fout ce vieux débris au fond de la scène ?” et ce au tout début de la seconde scène. Et bien, mon ami au regard pénétrant, je crains que vous n’ayez ruiné tout l’effet dramatique de son apparition soudaine deux scène plus tard, attendu que tout le monde avait les yeux fixé sur lui et lui faisait signe de s’en aller.

(Soupir.)

Enfin, j’espère que vous ne vous sentez pas trop coupable si la première partie de notre pièce n’était pas si bonne. Parce que le dramaturge est sans doute bien plus coupable que vous. Vous avez remarqué cette erreur -pourtant fondamentale- qu’il a commise ? Nous avons dû endurer ses dialogues peu inspirés pendant tout un acte sans qu’il nous permette ne serait-ce que d’apercevoir une actrice ! C’est tout simplement honteux. Quoi qu’il en soit, vous ne devriez pas quitter vos places : je sais de source sûre que la pièce va devenir bien plus intéressante dès le second acte.

(Silence embarrassé.)

Du moins, je l’espère.

En toute franchise.

(L’Epilogue sort.)

Ainsi s’achève le Première Acte
tiaremoana
tiaremoana

Nombre de messages : 116
Date d'inscription : 03/05/2006

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: [livre] A l'écoute de ses rêves (Not Quite Dead)

Message par OraNN le Mar 20 Nov - 8:06

Suite à un message de Not Quite Dead, je corrige le titre de l'oeuvre que j'avais écorché... :oops:
De plus, avec un décallage de temps énorme, je réponds (grâce à Not Quite Dead) à ta question Tiaremoana: je cite son message car il parle beaucoup mieux latin que moi Rolling Eyes :
La proposition de correction de tiaremoana en ce qui concerne "Exeunt Omen et Rodastyr Gaerwing." qu'elle/il veut remplacer par "Exit Omen..." est fautive: il s'agit bien d'exeunt: il s'agit du verbe exire (en latin) à la 3e personne du pluriel (présent). Tu trouveras ça notamment dans la VO de l'Ebène des Fous, dont je m'étais en partie inspiré pour ma pièce.

De plus, depuis quelques mois, est disponible le second acte, que je n'avais malheureusement pas vu. Not Quite Dead veut bien qu'on le mette dans l'Archipel avec le premier. Voici le texte:

Acte Second

Scène 1

Devant le rideau baissé.

(Entrée en scène du Prologue.)

LE PROLOGUE: Je vous prie, cher public, de ne pas trop prêter attention aux divagations de l'Epilogue. Il est de notoriété publique au sein de la troupe qu'il convoite le rôle d'Omen, le Sorcier Malfaisant, depuis le premier jour où nous avons mis en scène cette pièce. Hah ! Pouvez-vous vous imaginez notre Epilogue interprétant un rôle si subtile et crucial, qui plus est?

(Bref silence.)

Et bien moi non plus.

Quoi qu'il en soit, votre fidèle Prologue a à présent le plaisir de vous rappeler l'intrigue du Premier Acte. Rodastyr Gaerwing, un redoutable et brave chevalier qui semble faire office de héros avait été envoyé dans le repaire d'Omen, un Malfaisant Sorcier. Bien que les Gardes Idiots censés l'escorter aient lâchement fui, le Chevalier au Corbeau était parvenu à arrêter le nécromant.

Retrouvons à présent nos deux gardes idiots dans la salle du trône de D., alors qu'ils répondent aux questions pressantes du Baron Theodard Amaury.

(Le Prologue sort.) (Le rideau se lève.)

Scène 2

Une salle du trône, le neuvième jour de Hautzénith, dans la matinée.

(Le Baron Theodard Amaury siège à droite de la scène, Ambrosius, un Prêtre de Julianos se tient à ses côtés. Côté jardin, à l'avant-scène, Lysyvyra, la Plus Jeune Fille du Baron, est en train de tisser. Au milieu de la scène se tiennent les Gardes Idiots, tripotant leur casque avec nervosité.)

THEODARD AMAURY : Enfin, vous voilà ! Nous attendions votre retour avec la dernière impatience.

SECOND GARDE : Nous sommes revenu aussi vite que possible, Monseigneur.

PREMIER GARDE : Pour sûr ! Même que nous avons couru tout le long du chemin depuis les ruines...

SECOND GARDE (l'interrompant vivement) : ... parce que nous étions impatients de vous faire notre rapport, Monseigneur!

PREMIER GARDE : Ah bon ?

SECOND GARDE (chuchotant au Premier Garde) : Ecoute, on avait dit que c'était moi qui parlerai.

PREMIER GARDE (chuchotant avec hargne) : Hah ! Pour que tu sois le seul à récolter les lauriers ? Pas question !

SECOND GARDE (même jeu) : Les lauriers ? Quels lauriers ? La mission a merdé à cause de toi !

THEODARD AMAURY (à Ambrosius) : Se pourrait-il que ces hommes aient le front de faire comme si nous n'étions pas là ?

PREMIER GARDE (toujours chuchotant à l'adresse du Second Garde) : De quoi ? De quoi ? Tu t'es carapaté aussi, je te signale !

AMBROSIUS : J'en ai bien peur, Monseigneur.

SECOND GARDE (toujours chuchotant à l'adresse du Premier Garde) : Peu importe : on a assez de problèmes comme ça sans que tu en rajoutes avec tes commentaires stupides.

PREMIER GARDE (même jeu) : Hé ! Pas la peine d'être désagréable !

THEODARD AMAURY : Fascinant, vraiment. Pourriez-vous nous dire, Père Ambrosius, la raison pour laquelle nous continuons à écouter ces abrutis plutôt que de les faire pendre ?

SECOND GARDE (avec une grimace désespérée) : Hem ! Je suis navré, Monseigneur ! Nous étions sur le point de vous dire que...

THEODARD AMAURY : Que le nécromancien Omen a bien été enfermé dans nos prisons, selon nos ordres ?

(Bref silence.)

PREMIER GARDE (au Second Garde, d'un ton boudeur) : Tu devrais répondre toi à la question de Monseigneur, vu que tout ce que je dis est stupide.

SECOND GARDE : Hem ! Je... euh... et bien... pas tout à fait.

THEODARD AMAURY : Tiens donc ? Que voulez-vous dire, exactement ?

SECOND GARDE : Ben... Je crains que... je crains qu'il ne soit... heu... mort.

PREMIER GARDE : Ah bon ? Je croy...

(Le Second Garde donne un coup de coude à son collègue.)

PREMIER GARDE : Oh ! Oui ! Je me suis trompé, pardon ! Il est mort, c'est juste !

SECOND GARDE : Il est mort en combattant le brave Chevalier Gaerwing.

AMBROSIUS : En parlant de lui, justement, pourriez-vous me dire pourquoi il n'est pas présent ? L'étiquette aurait voulu qu'il fasse ce rapport en personne.

SECOND GARDE : Ben... c'est parce que... parce qu'il est mort aussi.

PREMIER GARDE : Ah b...

(Le Second garde envoie un coup de pied à son collègue.)

PREMIER GARDE : Ah ! Oui ! Ca me revient, tout d'un coup ! Il est mort aussi, c'est juste ! Ce que je peux être distrait, par moments !

LYSYVYRA (quittant son métier et se précipitant vers les Gardes) : Le vaillant sire Gaerwing ! Mort ! Cela ne se peut !

PREMIER GARDE : Oh, n'allez pas vous imaginez qu'on mente ou quelque chose comme ça ! Il est vraiment mort, voyez, je m'en souviens bien maintenant. C'était horrible, avec des boyaux arrachés, du sang partout et ce genre de machins.

AMBROSIUS : Une si fine lame ? Quel malheur, vraiment.

SECOND GARDE : Oh, ben il s'est battu héroïquement, mais il a été traîtreusement, heu... empoisonné par le nécromancien alors qu'il mourait. On n'a rien pu faire, hélas.

LYSYVYRA (en sanglotant) : Vous avez fui ! Vous l'avez abandonné à cette fin cruelle !

PREMIER GARDE : Ben... en fait...

SECOND GARDE (précipitamment) : Nous avions le devoir envers votre père le Baron de rester en vie pour lui rapporter ce qui était arrivé.

PREMIER GARDE : Ah, ouais. Bien vu.

(Le Second Garde flanque un coup de poing sur le crâne de son collègue.)

THEODARD AMAURY : Depuis quand es-tu devenue si attachée au sort de cet homme, Lysyvyra ?

LYSYVYRA : Je l'aime, Père !

THEODARD AMAURY (chuchotant à Ambrosius) : Pourquoi ne nous avez-vous pas dit qu'elle en était tombée amoureuse ?

AMBROSIUS (chuchotant au Baron) : Je vous jure qu'elle ne m'a jamais fait part d'un tel sentiment, Monseigneur. Comme je vous l'ai dit, elle était profondément ennuyée de le voir lui faire la cour. Elle m'a même dit qu'elle préférerait mourir plutôt que de passer tout une heure avec un tel imbécile. Et je me permets de la citer assez fidèlement, Monseigneur.

THEODARD AMAURY (chuchotant avec hargne) : Nous nous moquons bien de la précision de vos citations, Ambrosius. Ce qui nous intéresse, ce sont les intentions de notre fille. Vous avez vraiment de la chance que son soupirant soit mort...

PREMIER GARDE (tapotant le dos de Lysyvyra) : Allons, allons... ce n'est pas si grave qu'il y paraît. On pourrait louer les services d'un nécromancien pour le ramener.

(Bref silence.) (Le Second Garde et Ambrosius rouent le Premier Garde de coups.)

(Côté jardin, une voix annonce des coulisses : )

LE CHAMBELLAN : Le brave Rodastyr Gaerwing, Chevalier au Corbeau, de retour victorieux des ruines du nécromancien, demande audience !

(Bref silence.) (Regards accusateurs vers les Gardes Idiots.)

SECOND GARDE : Ben... il faisait sombre, là-dessous. Je suppose qu'on a pu se tromper.

THEODARD AMAURY (exaspéré) : Nous en avons assez entendu pour l'instant. Vous devriez ramasser votre collègue et descendre aux prisons, où vous demanderez à être enfermés. Nous prendrons une décision à votre propos plus tard.

(Le Second Garde sort en traînant le Premier Garde.)

Scène 3

(Rodastyr Gaerwing entre en scène.)

LYSYVYRA (se jetant dans les bras du chevalier) : Grâces soient rendues à Sanguine, vous êtes sain et sauf !

RODASTYR GAERWING (manifestement pris au dépourvu) : M... Milady ! Je... Je... Vous êtes vous donc fait tant de souci pour moi ?

LYSYVYRA : Bien évidemment, mon bien-aimé !

RODASTYR GAERWING (ravi) : "Mon bien-aimé" ?

THEODARD AMAURY (horrifié) : "Mon bien-aimé" !

AMBROSIUS (décontenancé) : "Grâces soient rendues à..." A qui ? Quel nom a-t-elle prononcé ?

THEODARD AMAURY (chuchotant avec hargne à Ambrosius) : Hah ! Qui s'intéresse à de petits détails d'ordre théologique alors que notre fille appelle un simple chevalier "mon bien-aimé" ?

RODASTYR GAERWING (minaudant) : Vous m'aimez donc vraiment ? Je n'avais pas réalisé que vous éprouviez pour moi de tels sentiments !

THEODARD AMAURY (en aparté) : Et nous donc !

LYSYVYRA : Vous avez éveillé mon jeune coeur et m'avez enseigné la douce amertume de l'amour ; chaque instant loin de vos bras, mon tendre Rodastyr, est une torture.

RODASTYR GAERWING : Aah ! Lysyvyra !

LYSYVYRA : Aah ! Rodastyr !

THEODARD AMAURY (chuchotant avec hargne) : Hah ! Ambrosius ! Dites ou faites quelque chose : nous croyons que nous allons nous sentir mal.

AMBROSIUS (à Rodastyr Gaerwing) : Avez-vous perdu l'esprit, Chevalier Gaerwing ? Enlacer de la sorte nulle autre que la fille de votre Baron ! Et durant une audience officielle, qui plus est ! Cherchez-vous à ternir la réputation de haute vertu de Milady ? Cherchez-vous à offenser l'honneur de votre suzerain ?

RODASTYR GAERWING (se libérant doucement de l'étreinte de Lysyvyra) : Hem ! Je vous demande humblement pardon, Monseigneur... J'étais sous le coup de l'émotion et je n'ai pas réalisé...

THEODARD AMAURY : Il suffit, Chevalier Gaerwing. Nous débattrons de questions personnelles plus tard. Ce qu'il nous faut savoir à présent, pour l'amour de notre chère D., est ce qui est arrivé au nécromant Omen. La rumeur concernant sa mort est-elle fondée ? Vous deviez pourtant le prendre vivant !

RODASTYR GAERWING : Vos ordres ont été scrupuleusement suivi, Monseigneur. Il a été jeté dans la plus profonde de vos oubliettes, indemne.

THEODARD AMAURY : Vous avez bien agi, fidèle Gaerwing, vraiment bien agi. Vous devriez à présent prendre un peu de repos et revenir demain pour obtenir votre récompense bien méritée.

RODASTYR GAERWING : Soyez mille fois remercié, Monseigneur ! Je ne pourrais dire à quel point je me sens honoré... Penser que vous allez m'accorder la m...

THEODARD AMAURY (sèchement) : Nous pourvoirons à cela en temps et en heure. Nous vous attendons demain, Chevalier Gaerwing. Vous pouvez vous retirer.

RODASTYR GAERWING : Oui, Monseigneur.

(Rodastyr Gaerwing s'incline brièvement et recule solennellement vers la porte.)

THEODARD AMAURY : Ambrosius !

AMBROSIUS (avec une pointe d'appréhension) : M... Monseigneur ?

THEODARD AMAURY : Accompagnez donc notre fille jusqu'à ses appartements.

AMBROSIUS (soulagé) : Oui, Monseigneur ! Milady ?

LYSYVYRA (regard complice à l'adresse de Rodastyr Gaerwing en passant) : Je vous suis, Père Ambrosius.

(Exeunt Rodastyr Gaerwing, Ambrosius et Lysyvyra.)

Scène 4

(Le Baron tambourine à deux reprises sur les bras de son trône avec irritation, en silence. Après un instant, il se lève et se rapproche du public.)

THEODARD AMAURY (au public) : Hah ! Vraiment nous ne parvenons pas à nous faire à la bêtise crasse de nos gens. Bien sûr, l'idiotie de ses sujets est la plupart du temps le meilleur allié d'un dirigeant. Nul n'a besoin, par les Huit ! de soldats qui posent des questions. Pas plus que de mages qui pensent ou de prêtres qui donnent dans le scrupule moral. Donnez-leur un ou deux traités bien théorétiques, une bibliothèque aux murs épais, des repas réguliers et laissez-leur penser qu'il sont bien au-dessus des questions terre-à-terre. C'est notre devise. Nul besoin dès lors de s'inquiéter de rébellion, de trahison ou de conspiration. Bien sûr, d'un autre côté, lorsque l'on a besoin d'être épaulé de manière efficace, on s'expose à être déçu.

(Soupir.)

Nous ne pouvons pourtant pas tout faire par nous-mêmes, n'est-ce pas ? Ce maudit prêtre ! Sa seule tâche était de gagner la confiance de notre précieuse fille, et d'éviter qu'elle ne se mette d'étranges idées en tête. Est-ce si compliqué que de percer une enfant à jour ? A présent que cette petite oie s'est amourachée de cet insignifiant chevalier, quel choix nous reste-t-il ?

Sa fine épée et sa docilité nous manqueront, mais les brutes sans imagination ne sont après tout pas si rares...

...quant à la fidélité, cela s'achète.

(Sourire.)

Et plus important, le Chevalier Gaerwing s'est montré bien plus utile que cet Ambrosius : il est parvenu à nous ramener Omen, Omen le bien nommé. A présent qu'il se trouve dans nos geôles, nous sommes parés à toute éventualité.

(Rideau.)

Scène 5

Devant le rideau baissé.

(Entrée en scène de l'Epilogue.)

L'EPILOGUE : A présent que j'ai la parole, je pourrais m'en servir pour calomnier les autres acteurs, comme certaines personnes peu scrupuleuses. Mais si le Prologue fait ses délices de tels procédés, moi, votre fidèle Epilogue, ne peux me résoudre à ennuyer notre cher public avec des querelles d'ordre personnel, aussi méprisable mon collègue soit-il.

Je vais donc plutôt vous en dire davantage à propos du prochain acte. Comme les plus avisés parmi vous peuvent l'avoir deviné, l'arrestation d'Omen fait partie intégrante d'un plan mystérieux et diabolique qui sera dévoilé peu de temps après le blabla du Prologue.

Gardez courage, donc !

(L'Epilogue sort.)

Ainsi s'achève l'Acte Second.

Merci beaucoup Not Quite Dead I love you Et merci encore a Tiaremoana pour le travail de relecture. Wink

_________________
OraNN
OraNN
Admin

Nombre de messages : 1808
Age : 33
Localisation : Un peu partout dans l'Archipel !
Date d'inscription : 16/04/2006

Voir le profil de l'utilisateur http://pertevue.bb-fr.com

Revenir en haut Aller en bas

Re: [livre] A l'écoute de ses rêves (Not Quite Dead)

Message par tiaremoana le Jeu 27 Déc - 13:41

tiens j'avais zappé ça ; je regarde cet aprem
tiaremoana
tiaremoana

Nombre de messages : 116
Date d'inscription : 03/05/2006

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: [livre] A l'écoute de ses rêves (Not Quite Dead)

Message par tiaremoana le Jeu 27 Déc - 13:52

voilà ; 2 ou 3 petits trucs ^^

(Entrée en scène du Prologue.)

LE PROLOGUE: Je vous prie, cher public, de ne pas trop prêter attention aux divagations de l'Epilogue. Il est de notoriété publique au sein de la troupe qu'il convoite le rôle d'Omen, le Sorcier Malfaisant, depuis le premier jour où nous avons mis en scène cette pièce. Hah ! Pouvez-vous vous imaginez notre Epilogue interprétant un rôle si subtile et crucial, qui plus est?

(Bref silence.)

Et bien moi non plus.

Quoi qu'il en soit, votre fidèle Prologue a, à présent, le plaisir de vous rappeler l'intrigue du Premier Acte. Rodastyr Gaerwing, un redoutable et brave chevalier qui semble faire office de héros avait été envoyé dans le repaire d'Omen, un Malfaisant Sorcier. Bien que les gardes idiots censés l'escorter aient lâchement fui, le Chevalier au Corbeau était parvenu à arrêter le nécromant.

Retrouvons à présent nos deux gardes idiots dans la salle du trône de D., alors qu'ils répondent aux questions pressantes du Baron Theodard Amaury.

(Le Prologue sort.) (Le rideau se lève.)

Scène 2

Une salle du trône, le neuvième jour de Hautzénith, dans la matinée.

(Le Baron Theodard Amaury siège à droite de la scène, Ambrosius, un Prêtre de Julianos se tient à ses côtés. Côté jardin, à l'avant-scène, Lysyvyra, la plus jeune fille du Baron, est en train de tisser. Au milieu de la scène se tiennent les gardes idiots, tripotant leur casque avec nervosité.)

THEODARD AMAURY : Enfin, vous voilà ! Nous attendions votre retour avec la dernière impatience.

SECOND GARDE : Nous sommes revenu aussi vite que possible, Monseigneur.

PREMIER GARDE : Pour sûr ! Même que nous avons couru tout le long du chemin depuis les ruines...

SECOND GARDE (l'interrompant vivement) : ... parce que nous étions impatients de vous faire notre rapport, Monseigneur!

PREMIER GARDE : Ah bon ?

SECOND GARDE (chuchotant au Premier Garde) : Ecoute, on avait dit que c'était moi qui parlerai.

PREMIER GARDE (chuchotant avec hargne) : Hah ! Pour que tu sois le seul à récolter les lauriers ? Pas question !

SECOND GARDE (même jeu) : Les lauriers ? Quels lauriers ? La mission a merdé à cause de toi !

THEODARD AMAURY (à Ambrosius) : Se pourrait-il que ces hommes aient le front de faire comme si nous n'étions pas là ?

PREMIER GARDE (toujours chuchotant à l'adresse du Second Garde) : De quoi ? De quoi ? Tu t'es carapaté aussi, je te signale !

AMBROSIUS : J'en ai bien peur, Monseigneur.

SECOND GARDE (toujours chuchotant à l'adresse du Premier Garde) : Peu importe : on a assez de problèmes comme ça sans que tu en rajoutes avec tes commentaires stupides.

PREMIER GARDE (même jeu) : Hé ! Pas la peine d'être désagréable !

THEODARD AMAURY : Fascinant, vraiment. Pourriez-vous nous dire, Père Ambrosius, la raison pour laquelle nous continuons à écouter ces abrutis plutôt que de les faire pendre ?

SECOND GARDE (avec une grimace désespérée) : Hem ! Je suis navré, Monseigneur ! Nous étions sur le point de vous dire que...

THEODARD AMAURY : Que le nécromancien Omen a bien été enfermé dans nos prisons, selon nos ordres ?

(Bref silence.)

PREMIER GARDE (au Second Garde, d'un ton boudeur) : Tu devrais répondre toi à la question de Monseigneur, vu que tout ce que je dis est stupide.

SECOND GARDE : Hem ! Je... euh... et bien... pas tout à fait.

THEODARD AMAURY : Tiens donc ? Que voulez-vous dire, exactement ?

SECOND GARDE : Ben... Je crains que... je crains qu'il ne soit... heu... mort.

PREMIER GARDE : Ah bon ? Je croy...

(Le Second Garde donne un coup de coude à son collègue.)

PREMIER GARDE : Oh ! Oui ! Je me suis trompé, pardon ! Il est mort, c'est juste !

SECOND GARDE : Il est mort en combattant le brave Chevalier Gaerwing.

AMBROSIUS : En parlant de lui, justement, pourriez-vous me dire pourquoi il n'est pas présent ? L'étiquette aurait voulu qu'il fasse ce rapport en personne.

SECOND GARDE : Ben... c'est parce que... parce qu'il est mort aussi.

PREMIER GARDE : Ah b...

(Le Second garde envoie un coup de pied à son collègue.)

PREMIER GARDE : Ah ! Oui ! Ca me revient, tout d'un coup ! Il est mort aussi, c'est juste ! Ce que je peux être distrait, par moments !

LYSYVYRA (quittant son métier et se précipitant vers les Gardes) : Le vaillant sire Gaerwing ! Mort ! Cela ne se peut !

PREMIER GARDE : Oh, n'allez pas vous imaginez qu'on mente ou quelque chose comme ça ! Il est vraiment mort, voyez, je m'en souviens bien maintenant. C'était horrible, avec des boyaux arrachés, du sang partout et ce genre de machins.

AMBROSIUS : Une si fine lame ? Quel malheur, vraiment.

SECOND GARDE : Oh, ben il s'est battu héroïquement, mais il a été traîtreusement, heu... empoisonné par le nécromancien alors qu'il mourait. On n'a rien pu faire, hélas.

LYSYVYRA (en sanglotant) : Vous avez fui ! Vous l'avez abandonné à cette fin cruelle !

PREMIER GARDE : Ben... en fait...

SECOND GARDE (précipitamment) : Nous avions le devoir envers votre père le Baron de rester en vie pour lui rapporter ce qui était arrivé.

PREMIER GARDE : Ah, ouais. Bien vu.

(Le Second Garde flanque un coup de poing sur le crâne de son collègue.)

THEODARD AMAURY : Depuis quand es-tu devenue si attachée au sort de cet homme, Lysyvyra ?

LYSYVYRA : Je l'aime, Père !

THEODARD AMAURY (chuchotant à Ambrosius) : Pourquoi ne nous avez-vous pas dit qu'elle en était tombé amoureuse ?

AMBROSIUS (chuchotant au Baron) : Je vous jure qu'elle ne m'a jamais fait part d'un tel sentiment, Monseigneur. Comme je vous l'ai dit, elle était profondément ennuyée de le voir lui faire la cour. Elle m'a même dit qu'elle préférerait mourir plutôt que de passer tout une heure avec un tel imbécile. Et je me permets de la citer assez fidèlement, Monseigneur.

THEODARD AMAURY (chuchotant avec hargne) : Nous nous moquons bien de la précision de vos citations, Ambrosius. Ce qui nous intéresse, ce sont les intentions de notre fille. Vous avez vraiment de la chance que son soupirant soit mort...

PREMIER GARDE (tapotant le dos de Lysyvyra) : Allons, allons... ce n'est pas si grave qu'il y paraît. On pourrait louer les services d'un nécromancien pour le ramener.

(Bref silence.) (Le Second Garde et Ambrosius rouent le Premier Garde de coups.)

(Côté jardin, une voix annonce des coulisses : )

LE CHAMBELLAN : Le brave Rodastyr Gaerwing, Chevalier au Corbeau, de retour victorieux des ruines du nécromancien, demande audience !

(Bref silence.) (Regards accusateurs vers les gardes idiots.)

SECOND GARDE : Ben... il faisait sombre, là-dessous. Je suppose qu'on a pu se tromper.

THEODARD AMAURY (exaspéré) : Nous en avons assez entendu pour l'instant. Vous devriez ramasser votre collègue et descendre aux prisons, où vous demanderez à être enfermés. Nous prendrons une décision à votre propos plus tard.

(Le Second Garde sort en traînant le Premier Garde.)

Scène 3

(Rodastyr Gaerwing entre en scène.)

LYSYVYRA (se jetant dans les bras du chevalier) : Grâces soient rendues à Sanguine, vous êtes sain et sauf !

RODASTYR GAERWING (manifestement pris au dépourvu) : M... Milady ! Je... Je... Vous êtes vous donc fait tant de souci pour moi ?

LYSYVYRA : Bien évidemment, mon bien-aimé !

RODASTYR GAERWING (ravi) : "Mon bien-aimé" ?

THEODARD AMAURY (horrifié) : "Mon bien-aimé" !

AMBROSIUS (décontenancé) : "Grâces soient rendues à..." A qui ? Quel nom a-t-elle prononcé ?

THEODARD AMAURY (chuchotant avec hargne à Ambrosius) : Hah ! Qui s'intéresse à de petits détails d'ordre théologique alors que notre fille appelle un simple chevalier "mon bien-aimé" ?

RODASTYR GAERWING (minaudant) : Vous m'aimez donc vraiment ? Je n'avais pas réalisé que vous éprouviez pour moi de tels sentiments !

THEODARD AMAURY (en aparté) : Et nous donc !

LYSYVYRA : Vous avez éveillé mon jeune coeur et m'avez enseigné la douce amertume de l'amour ; chaque instant loin de vos bras, mon tendre Rodastyr, est une torture.

RODASTYR GAERWING : Aah ! Lysyvyra !

LYSYVYRA : Aah ! Rodastyr !

THEODARD AMAURY (chuchotant avec hargne) : Hah ! Ambrosius ! Dites ou faites quelque chose : nous croyons que nous allons nous sentir mal.

AMBROSIUS (à Rodastyr Gaerwing) : Avez-vous perdu l'esprit, Chevalier Gaerwing ? Enlacer de la sorte nulle autre que la fille de votre Baron ! Et durant une audience officielle, qui plus est ! Cherchez-vous à ternir la réputation de haute vertu de Milady ? Cherchez-vous à offenser l'honneur de votre suzerain ?

RODASTYR GAERWING (se libérant doucement de l'étreinte de Lysyvyra) : Hem ! Je vous demande humblement pardon, Monseigneur... J'étais sous le coup de l'émotion et je n'ai pas réalisé...

THEODARD AMAURY : Il suffit, Chevalier Gaerwing. Nous débattrons de questions personnelles plus tard. Ce qu'il nous faut savoir à présent, pour l'amour de notre chère D., est ce qui est arrivé au nécromant Omen. La rumeur concernant sa mort est-elle fondée ? Vous deviez pourtant le prendre vivant !

RODASTYR GAERWING : Vos ordres ont été scrupuleusement suivi, Monseigneur. Il a été jeté dans la plus profonde de vos oubliettes, indemne.

THEODARD AMAURY : Vous avez bien agi, fidèle Gaerwing, vraiment bien agi. Vous devriez à présent prendre un peu de repos et revenir demain pour obtenir votre récompense bien méritée.

RODASTYR GAERWING : Soyez mille fois remercié, Monseigneur ! Je ne pourrais dire à quel point je me sens honoré... Penser que vous allez m'accorder la m...

THEODARD AMAURY (sèchement) : Nous pourvoirons à cela en temps et en heure. Nous vous attendons demain, Chevalier Gaerwing. Vous pouvez vous retirer.

RODASTYR GAERWING : Oui, Monseigneur.

(Rodastyr Gaerwing s'incline brièvement et recule solennellement vers la porte.)

THEODARD AMAURY : Ambrosius !

AMBROSIUS (avec une pointe d'appréhension) : M... Monseigneur ?

THEODARD AMAURY : Accompagnez donc notre fille jusqu'à ses appartements.

AMBROSIUS (soulagé) : Oui, Monseigneur ! Milady ?

LYSYVYRA (regard complice à l'adresse de Rodastyr Gaerwing en passant) : Je vous suis, Père Ambrosius.

(Exeunt Rodastyr Gaerwing, Ambrosius et Lysyvyra.)

Scène 4

(Le Baron tambourine à deux reprises sur les bras de son trône avec irritation, en silence. Après un instant, il se lève et se rapproche du public.)

THEODARD AMAURY (au public) : Hah ! Vraiment nous ne parvenons pas à nous faire à la bêtise crasse de nos gens. Bien sûr, l'idiotie de ses sujets est la plupart du temps le meilleur allié d'un dirigeant. Nul n'a besoin, par les Huit ! de soldats qui posent des questions. Pas plus que de mages qui pensent ou de prêtres qui donnent dans le scrupule moral. Donnez-leur un ou deux traités bien théorétiques, une bibliothèque aux murs épais, des repas réguliers et laissez-leur penser qu'il sont bien au-dessus des questions terre-à-terre. C'est notre devise. Nul besoin dès lors de s'inquiéter de rébellion, de trahison ou de conspiration. Bien sûr, d'un autre côté, lorsque l'on a besoin d'être épaulé de manière efficace, on s'expose à être déçu.

(Soupir.)

Nous ne pouvons pourtant pas tout faire par nous-mêmes, n'est-ce pas ? Ce maudit prêtre ! Sa seule tâche était de gagner la confiance de notre précieuse fille, et d'éviter qu'elle ne se mette d'étranges idées en tête. Est-ce si compliqué que de percer une enfant à jour ? A présent que cette petite oie s'est amourachée de cet insignifiant chevalier, quel choix nous reste-t-il ?

Sa fine épée et sa docilité nous manqueront, mais les brutes sans imagination ne sont après tout pas si rares...

...quant à la fidélité, cela s'achète.

(Sourire.)

Et plus important, le Chevalier Gaerwing s'est montré bien plus utile que cet Ambrosius : il est parvenu à nous ramener Omen, Omen le bien nommé. A présent qu'il se trouve dans nos geôles, nous sommes parés à toute éventualité.

(Rideau.)

Scène 5

Devant le rideau baissé.

(Entrée en scène de l'Epilogue.)

L'EPILOGUE : A présent que j'ai la parole, je pourrais m'en servir pour calomnier les autres acteurs, comme certaines personnes peu scrupuleuses. Mais si le Prologue fait ses délices de tels procédés, moi, votre fidèle Epilogue, ne peux me résoudre à ennuyer notre cher public avec des querelles d'ordre personnel, aussi méprisable mon collègue soit-il.

Je vais donc plutôt vous en dire davantage à propos du prochain acte. Comme les plus avisés parmi vous peuvent l'avoir deviné, l'arrestation d'Omen fait partie intégrante d'un plan mystérieux et diabolique qui sera dévoilé peu de temps après le blabla du Prologue.

Gardez courage, donc !

(L'Epilogue sort.)

Ainsi s'achève l'Acte Second.
tiaremoana
tiaremoana

Nombre de messages : 116
Date d'inscription : 03/05/2006

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: [livre] A l'écoute de ses rêves (Not Quite Dead)

Message par OraNN le Dim 6 Avr - 19:22

Acte Troisième

Scène 1

Devant le rideau baissé.

(Entrée en scène du Prologue.)

LE PROLOGUE (furieux) : Hah ! Comment donc un acteur aussi talentueux que moi est-il supposé, cher public, supporter qu’un moins que rien comme l’Epilogue l’insulte ? Sachez que j’ai été le Prologue de nombreuses pièces fameuses, applaudies par d’innombrables rois et nobles personnages. J’ai fait un triomphe aux cours de Wayrest, Daggerfall et Sentinel de sorte que mon excellente réputation est plus que bien établie au sein de la Guilde des Ecrivains, Acteurs et Dramaturges. Moi, je ne suis pas ici parce que je suis le petit-neveu bon à rien du directeur de la troupe, mais parce qu’il paraissait évident à tout un chacun que nul ne ferait un meilleur Prologue.

(Bref silence.) (Le Prologue reprend progressivement son calme.)

Hem ! Navré de m’être laissé emporter, mais les insinuations de cet incompétent m’ont… Quoi qu’il en soit, à présent que la vérité a été rétablie, je ferais mieux d’en revenir à l’intrigue des actes précédents.

Après qu’il a capturé Omen, le Sorcier Malfaisant, le Chevalier au Corbeau Rodastyr Gaerwing est revenu à D., afin de rapporter son succès au Baron Théodard Amaury et d’obtenir sa récompense bien méritée : la main de la charmante Lysyvyra, la Plus Jeune Fille du Baron.

Il est cependant clair que le Baron n’a pas l’intention de marier sa précieuse fille à notre chevalier et que l’arrestation d’Omen n’était pas simplement motivée par un souci de justice, mais par quelque tortueuse fin personnelle.

Quelle pourrait être celle-ci ? Et bien pour le découvrir, jetons donc un coup d’œil dans les prisons de D., où Omen a été enfermé.

(Le Prologue sort.) (Le rideau se lève.)

Scène 2

Une cellule éclairée par une unique torche, dont la porte se trouve sur la droite, le neuvième jour de Hautzénith, peu de temps après midi.

(Au fond, un étroit soupirail. Omen est assis sur un banc et fixe le public.)

OMEN : A en juger par cet endroit, mon hôte a l’air plutôt imbu de sa personne. Et quoi ? Un mur de pierre et quelques barreaux de fer suffiraient à retenir quelqu’un comme moi ? Voilà qui n’est pas de l’optimisme mais qui confine à la folie furieuse !

(Il tire la langue au public et poursuit.)

Un dirigeant plus prudent aurait arraché cette langue.

(Même jeu, montrant ses mains.)

Il aurait également tranché ces mains. Sans la perspective d’épouser cette délicieuse jeune fille, le brutal, mais consciencieux Chevalier Gaerwing m’aurait tué, aurait brûlé mon corps et répandu mes cendres aux quatre vents… encore qu’il me faille admettre que j’ignore si cela eût suffit pour se débarrasser de moi.
Mais le Baron Amaury n’a pu, bien entendu, prendre de si radicales mesures, puisqu’il s’imagine que je pourrais servir ses plans.

(Il ricane.)

Cet homme est décidément optimiste pour penser que nous, simples mortels, puissions décider de quoi que ce soit.

(Bref silence.)

Bien. Cela fait environ trois heures que je suis enfermé ici… Je suppose que mon cher hôte devrait arriver sous peu, à présent.

(Bref silence.)

(Bruit d’une serrure qu’on déverrouille.) (Omen fait un clin d’œil au public.)

Scène 3

(Entrent le Baron Théodard Amaury et un Bourreau.)

THEODARD AMAURY: Avant que nous ne devisions, cher invité, il nous faudrait peut-être mentionner cette amulette que nous portons. (Le Baron tire un orbe luisant de son pourpoint.) Selon mes soi-disant mages, cette babiole serait une Sphère de Dénégation, supposée absorber n’importe quel sort lancé à proximité. Elle a semblé fonctionner plutôt bien sur ce magelame que nous avons fait noyer dans nos douves la nuit dernière.

A présent, permettez-nous de faire les présentations. Ce Nordique bien bâti est un excellent Bourreau, probablement le meilleur qui soit sur la Baie d’Illiac et dont l’impeccable service ne nous a jamais déçu. N’hésitez pas à parler librement devant lui : en vrai professionnel, Grim n’entend que ce qu’il doit. En fait, il est si discret que vous vous rendrez à peine compte de sa présence durant nos entrevues.

OMEN (avec déférence) : Vraiment, Monseigneur semble être une personne très prudente et pleine de ressources, à laquelle il ne ferait pas bon s’opposer.

THEODARD AMAURY : Ne nous fatiguez avec ces commentaires serviles, nécromancien, nos courtisans s'y emploient déjà.

OMEN : Hem, à ce propos je souhaiterais souligner que je ne suis pas à proprement parler un nécromancien. Vous voyez, la nécromancie est plutôt un genre de… de hobby.

THEODARD AMAURY : Voilà une déclaration qui apaiserait assurément les cœurs des gens de Vanborne, ou qui retiendrait l’épée de Rodastyr… mais nous ne sommes en fait pas vraiment intéressé par vos expériences impies sur la mort.

OMEN : Oh ? Vraiment ?

THEODARD AMAURY : Vraiment. C’est par d’autres connaissances dont vous seriez soi-disant détenteur que notre intérêt a été piqué.

OMEN : Je… je ne suis pas certain de savoir à quel talent Monseigneur fait allusion.

THEODARD AMAURY : Voilà qui est gênant. Nous espérions que vous devineriez tout cela par vous-même.

(Grim fait innocemment craquer ses phalanges.)

OMEN (avec embarras) : Hem ! Monseigneur ne peut assurément pas s’intéresser à ce traité Sur la Nature du Destin ! C’était une œuvre de jeunesse, prétentieuse et ampoulée, et je ne peux sûrement pas, devenu un homme mûr, être tenu par un texte écrit des décennies auparav…

THEODARD AMAURY (avec un soupir) : Pourquoi faut-il toujours, prisonniers, que vous commenciez tous par jouer les imbéciles ? (Sur un signe du Baron, Grim s’avance vers Omen pour se trouver tout près de lui à la fin de la réplique.) Pensez-vous que nous prenions plaisir au spectacle de la souffrance, au son des os broyés, ou à l’odeur de la chair calcinée ? Les Huit savent combien nous aimerions, pour une fois, obtenir les réponses que nous souhaitons –et nous savons tous deux qu’en définitive, nous les obtiendrons– au cours d’un agréable entretien, sans qu’il faille au préalable que Grim ait à verser du sel dans vos orbites béantes.

OMEN (précipitamment) : Et bien, Monseigneur, je m’en voudrais de vous contrarier aussi dois-je… dois-je vous confirmer la rumeur…

THEODARD AMAURY : Vous savez donc…

(Bref mais pesant silence)

OMEN : …prédire l’avenir, oui. Tel est le second présent que m’a fait Celle qui nous veille. Et je sais également quelle est l’offre que vous allez me faire.

THEODARD AMAURY (avec avidité) : En échange de votre vie et de notre pardon pour les sacrilèges dont vous vous êtes rendu coupable, vous serez, Omen, notre conseiller dans nos campagnes à venir ! Les trônes d’Urvaius, Bhoriane et Anticlere nous reviendront et toute tentative pour mettre un frein à nos conquêtes sera vouée à l’échec. La plus puissante des armées, le plus habile des assassins, le plus retors des espions, tout cela n’est rien pour qui sait de quoi demain sera fait.

OMEN : La confiance de Monseigneur m’honore et si je peux lui promettre…

THEODARD AMAURY : De la confiance ? Il nous semblait pourtant évident que nous, Théodard Amaury, Baron de D., ne pourrions jamais éprouver la moindre confiance envers une aussi méprisable engeance que vous. Grim, ici présent, saura se montrer plus efficace que le serment le plus solennel, puisqu’il saura, s’il nous arrive quelque accident, si bénin soit-il, que celui-ci est dû à votre négligence. Et soyez assuré qu’il connaît des châtiments qui vous feraient envier l’existence de ces créatures que vous aviez pour serviteurs dans votre tanière.

(Exeunt Théodard Amaury et le Bourreau.)

Scène 4

Deux voix se font entendre à travers le mur gauche.

PREMIERE VOIX : Oulah. Cet adieu était franchement effrayant. Je voudrais vraiment pas être à la place du pauvre type de l’autre côté du mur.

SECONDE VOIX (sarcastique) : Ben voyons. D’autant que la situation a l’air tellement plus brillante de ce côté-ci.

OMEN (en aparté) : Voilà deux voix que j’ai déjà entendues.

PREMIERE VOIX : Si j’étais toi, j’irais mollo sur l’ironie. J’te rappelle que c’est grâce à tes stupides mensonges qu’on se retrouve ici en bas.

La SECONDE VOIX appelle : Gardien ! Gardien ! Je pourrais changer de cellule pour prendre celle d’à côté ? Je préfère la partager avec un nécromancien plutôt qu’avec un abruti complet.

PREMIERE VOIX : Oh, très élégant, bravo. De toute façon, c’est pas un nécromancien. C’est lui qui l’a dit.

SECONDE VOIX (singeant la Première) : ‘‘C’est lui qui l’a dit.’’ Parce que tu penses que tu peux te fier à quelqu’un comme lui ? Tu te souviens pas de ce corps sur lequel t’a trébuché, là-bas ? Un zombi mort, que c’était. Même que tu t’es presque évanoui. Et maintenant tu as le culot de prétendre que c’était pas de la nécromancie ?

PREMIERE VOIX : En gros tu es en train de dire que tu préfèrerais partager ta cellule avec quelqu’un à qui tu fais pas confiance plutôt qu’avec le collègue avec lequel tu as affronté tant de dangers ?

OMEN : Pour tout dire, je n’ai pas dit ne pas pratiquer la nécromancie. J’ai dit que c’était un hobby.

(Bref silence.)

SECONDE VOIX (tendue) : Vous… heu… vous pouvez nous entendre ?

OMEN : Comme vous n’avez manifestement pas manqué un mot de mon récent entretien, la réciproque ne devrait pas sembler si surprenante, non ?

(Bref silence.)

PREMIERE VOIX : C’est pas idiot. Tu aurais dû y penser avant de poser la question.

OMEN : Je dois dire à ce propos que je suis un peu surpris que notre hôte si méticuleux ait négligé de faire vider les cellules voisines afin d’assurer le secret de ses tractations.

PREMIERE VOIX : Oh, ben nous ignorions qu’on ne pouvait employer celle-là. Vous voyez, quand on a été envoyés ici…

SECONDE VOIX : Suite a un regrettable malentendu, d’ailleurs. On est des gens honnêtes, voyez. Des gardes, en fait.

PREMIER GARDE : Comme je disais, quand on a été envoyé ici, grâce aux mensonges à deux sous de mon collègue…

SECOND GARDE : J’essayais juste de sauver notre peau.

PREMIER GARDE : Oh le sale menteur ! T’essayais de t’attribuer tout le mérite…

SECOND GARDE : Encore ? Ecoute…

OMEN (les interrompant) : Quoi qu’il en soit, vous avez été envoyés ici et… ?

SECOND GARDE : Quand on a dit au gardien qu’on devait être enfermé, il nous a donné les clefs en se marrant et nous a dit de les jeter à travers la grille quand on aurait fini.

PREMIER GARDE : Hah ! Ca se fout des autres, mais (criant avec mépris) c’est infoutu de savoir quelles cellules sont hors-limites dans sa propre prison !

SECOND GARDE : Chut ! Il va t’entendre et venir !

PREMIER GARDE : Peuh ! Tu voulais pas changer de cellule, de toute façon ?

SECOND GARDE : Ce que tu peux être rancunier ! Sans vouloir vous offenser, m’sieur, je crois que je vais finalement rester avec mon collègue. Des trucs de gardes, vous savez : se serrer les coudes quoi qu’il arrive et tout le bataclan.

OMEN (amusé) : Admirable. Quoi qu’il en soit, je crains que lorsque le Baron aura appris dans quelle cellule vous vous êtes enfermés vous ne soyez aussitôt exécutés.

PREMIER GARDE : M-m-mais ! C’est pas juste ! On a choisi au petit bonheur !

OMEN : Au petit malheur, plutôt. Vous m’en voyez franchement désolé pour vous.

(Bref silence.) (On entend le Premier Garde sangloter un peu.)

SECOND GARDE : Hem ! Monsieur… ?

OMEN : Oui ?

SECOND GARDE : Vous avez dit que vous pouviez lire l’avenir, pas vrai ?

PREMIER GARDE (reniflant) : Tu vas quand même pas croire à ces sornettes ! Tu crois qu’il se serait fait arrêter s’il pouvait savoir ce qui va se passer ? C’est évident qu’il se serait tiré avant que le chevalier Gaerwing et nous n’entrions dans ses ruines !

OMEN: Sauf si je n’ai pas fui précisément parce que je savais que j’allais être arrêté…

PREMIER GARDE : C’est crétin. Si vous saviez que vous alliez être arrêté, vous saviez comment et, du coup, vous pouviez l’éviter, non ?

OMEN : Mais si j’avais été sur le point de l’éviter, je n’aurais pas été sur le point d’être arrêté, n’est-ce pas ?

PREMIER GARDE (perplexe) : Je suppose, oui.

OMEN : Je n’aurais par conséquent pas pu prédire cette arrestation puisqu’elle n’aurait pas été sur le point de se réaliser.

SECOND GARDE (concentré) : Est-ce que ça veut dire que vous n’auriez pas fui et qu’alors vous auriez été arrêté quand même ? Mais alors…

PREMIER GARDE : Je commence à avoir mal au crâne. Si j’avais su qu’on en viendrait à de la philosophie, je l’aurais coincée. Pose plutôt ta question, ou on n’en sortira pas.

SECOND GARDE: Je voulais justement savoir si on allait s’en sortir.

OMEN : Si cela peut vous rassurer, sachez que vous ne mourrez pas avant d’avoir tous deux connu la morsure d’un tabouret.

PREMIER GARDE : Hah. Une réponse sibylline. Génial.

(Rideau)

Scène 5

Devant le rideau baissé.

(Entrée en scène de l’Epilogue.)

L’EPILOGUE : Discorde. Comme le dramaturge s’est efforcé de l’illustrer durant cet acte, notre monde est, sous bien des aspects, un monde de discorde. Celle-ci ne se limite toutefois pas aux conflits entre nobles qui cherchent à accroître leur pouvoir, leurs richesses et leurs terres, pas plus qu’aux chamailleries incessantes de nos Gardes Idiots. Non ; elle se manifeste également lorsque des acteurs séniles ressassent inlassablement un passé de gloriole révolue, incapables de comprendre que l’heure de la retraite a depuis longtemps sonné et qu’il est temps de laisser la place à ceux qui l’emportent sur eux en jeunesse et en compétence.

En parlant de changement, il me faut vous dire, cher public, qu’en raison d’importantes modifications du décor, il vous faudra attendre quelque peu avant que le quatrième acte ne puisse commencer. Certains pourraient vouloir profiter au mieux de ce répit qui leur est accordé, par exemple en achetant des tomates et des œufs pourris à jeter au Prologue. Vous pourrez en obtenir près de l’entrée, au prix ridicule de deux septims la douzaine.

N’oubliez pas, toutefois, de reprendre place avant le début du quatrième acte, durant lequel vous pourrez regarder de superbes Jeunes Filles Légèrement Vêtues –mieux vaut tard que jamais– et entendre le poignant récit d’un amour interdit… quelques instants seulement après vous être débarrassé de vos projectiles.

(L’Epilogue sort.)

Ainsi s’achève l’Acte Troisième.

_________________
OraNN
OraNN
Admin

Nombre de messages : 1808
Age : 33
Localisation : Un peu partout dans l'Archipel !
Date d'inscription : 16/04/2006

Voir le profil de l'utilisateur http://pertevue.bb-fr.com

Revenir en haut Aller en bas

quelques petits trucs ^^

Message par tiaremoana le Mer 7 Mai - 2:46

Acte Troisième

Scène 1

Devant le rideau baissé.

(Entrée en scène du Prologue.)

LE PROLOGUE (furieux) : Ha ! Comment donc un acteur aussi talentueux que moi est-il supposé, cher public, supporter qu’un moins que rien comme l’Épilogue l’insulte ? Sachez que j’ai été le Prologue de nombreuses pièces fameuses, applaudies par d’innombrables rois et nobles personnages. J’ai fait un triomphe aux cours de Wayrest, Daggerfall et Sentinel de sorte que mon excellente réputation est plus que bien établie au sein de la Guilde des Écrivains, Acteurs et Dramaturges. Moi, je ne suis pas ici parce que je suis le petit-neveu bon à rien du directeur de la troupe, mais parce qu’il paraissait évident à tout un chacun que nul ne ferait un meilleur Prologue.

(Bref silence.) (Le Prologue reprend progressivement son calme.)

Hem ! Navré de m’être laissé emporter, mais les insinuations de cet incompétent m’ont… Quoi qu’il en soit, à présent que la vérité a été rétablie, je ferais mieux d’en revenir à l’intrigue des actes précédents.

Après qu’il ait capturé Omen, le Sorcier Malfaisant, le Chevalier au Corbeau Rodastyr Gaerwing est revenu à D., afin de rapporter son succès au Baron Théodard Amaury et d’obtenir sa récompense bien méritée : la main de la charmante Lysyvyra, la Plus Jeune Fille du Baron.

Il est cependant clair que le Baron n’a pas l’intention de marier sa précieuse fille à notre chevalier et que l’arrestation d’Omen n’était pas simplement motivée par un souci de justice, mais par quelque tortueuse fin personnelle.

Quelle pourrait être celle-ci ? Et bien pour le découvrir, jetons donc un coup d’œil dans les prisons de D., où Omen a été enfermé.

(Le Prologue sort.) (Le rideau se lève.)

Scène 2

Une cellule , éclairée par une unique torche; on y entre par la droite. Nous sommes le neuvième jour de Hautzénith, peu de temps après midi.

(Au fond, un étroit soupirail. Omen est assis sur un banc et fixe le public.)

OMEN : A en juger par cet endroit, mon hôte a l’air plutôt imbu de sa personne. Et quoi ? Un mur de pierre et quelques barreaux de fer suffiraient à retenir quelqu’un comme moi ? Voilà qui n’est pas de l’optimisme mais qui confine à la folie furieuse !

(Il tire la langue au public et poursuit.)

Un dirigeant plus prudent aurait arraché cette langue.

(Même jeu, montrant ses mains.)

Il aurait également tranché ces mains. Sans la perspective d’épouser cette délicieuse jeune fille, le brutal, mais consciencieux Chevalier Gaerwing m’aurait tué, aurait brûlé mon corps et répandu mes cendres aux quatre vents… encore qu’il me faille admettre que j’ignore si cela eût suffit pour se débarrasser de moi.
Mais le Baron Amaury n’a pu, bien entendu, prendre de si radicales mesures, puisqu’il s’imagine que je pourrais servir ses plans.

(Il ricane.)

Cet homme est décidément optimiste pour penser que nous, simples mortels, puissions décider de quoi que ce soit.

(Bref silence.)

Bien. Cela fait environ trois heures que je suis enfermé ici… Je suppose que mon cher hôte devrait arriver sous peu, à présent.

(Bref silence.)

(Bruit d’une serrure qu’on déverrouille.) (Omen fait un clin d’œil au public.)

Scène 3

(Entrent le Baron Théodard Amaury et un Bourreau.)

THEODARD AMAURY: Avant que nous ne devisions, cher invité, il nous faudrait peut-être mentionner cette amulette que nous portons. (Le Baron tire un orbe luisant de son pourpoint.) Selon mes soi-disant mages, cette babiole serait une Sphère de Dénégation, supposée absorber n’importe quel sort lancé à proximité. Elle a semblé fonctionner plutôt bien sur ce magelame que nous avons fait noyer dans nos douves la nuit dernière.

A présent, permettez-nous de faire les présentations. Ce Nordique bien bâti est un excellent Bourreau, probablement le meilleur qui soit sur la Baie d’Illiac et dont l’impeccable service ne nous a jamais déçu. N’hésitez pas à parler librement devant lui : en vrai professionnel, Grim n’entend que ce qu’il doit. En fait, il est si discret que vous vous rendrez à peine compte de sa présence durant nos entrevues.

OMEN (avec déférence) : Vraiment, Monseigneur semble être une personne très prudente et pleine de ressources, à laquelle il ne ferait pas bon s’opposer.

THEODARD AMAURY : Ne nous fatiguez avec ces commentaires serviles, nécromancien, nos courtisans s'y emploient déjà.

OMEN : Hem, à ce propos je souhaiterais souligner que je ne suis pas à proprement parler un nécromancien. Vous voyez, la nécromancie est plutôt un genre de… de hobby.

THEODARD AMAURY : Voilà une déclaration qui apaiserait assurément les cœurs des gens de Vanborne, ou qui retiendrait l’épée de Rodastyr… mais nous ne sommes en fait pas vraiment intéressé par vos expériences impies sur la mort.

OMEN : Oh ? Vraiment ?

THEODARD AMAURY : Vraiment. C’est par d’autres connaissances dont vous seriez soi-disant détenteur que notre intérêt a été piqué.

OMEN : Je… je ne suis pas certain de savoir à quel talent Monseigneur fait allusion.

THEODARD AMAURY : Voilà qui est gênant. Nous espérions que vous devineriez tout cela par vous-même.

(Grim fait innocemment craquer ses phalanges.)

OMEN (avec embarras) : Hem ! Monseigneur ne peut assurément pas s’intéresser à ce traité Sur la Nature du Destin ! C’était une œuvre de jeunesse, prétentieuse et ampoulée, et je ne peux sûrement pas, devenu un homme mûr, être tenu par un texte écrit des décennies auparav…

THEODARD AMAURY (avec un soupir) : Pourquoi faut-il toujours, prisonniers, que vous commenciez tous par jouer les imbéciles ? (Sur un signe du Baron, Grim s’avance vers Omen pour se trouver tout près de lui à la fin de la réplique.) Pensez-vous que nous prenions plaisir au spectacle de la souffrance, au son des os broyés, ou à l’odeur de la chair calcinée ? Les Huit savent combien nous aimerions, pour une fois, obtenir les réponses que nous souhaitons –et nous savons tous deux qu’en définitive, nous les obtiendrons– au cours d’un agréable entretien, sans qu’il faille au préalable que Grim ait à verser du sel dans vos orbites béantes.

OMEN (précipitamment) : Et bien, Monseigneur, je m’en voudrais de vous contrarier aussi dois-je… dois-je vous confirmer la rumeur…

THEODARD AMAURY : Vous savez donc…

(Bref mais pesant silence)

OMEN : …prédire l’avenir, oui. Tel est le second présent que m’a fait Celle qui nous veille. Et je sais également quelle est l’offre que vous allez me faire.

THEODARD AMAURY (avec avidité) : En échange de votre vie et de notre pardon pour les sacrilèges dont vous vous êtes rendu coupable, vous serez, Omen, notre conseiller dans nos campagnes à venir ! Les trônes d’Urvaius, Bhoriane et Anticlere nous reviendront et toute tentative pour mettre un frein à nos conquêtes sera vouée à l’échec. La plus puissante des armées, le plus habile des assassins, le plus retors des espions, tout cela n’est rien pour qui sait de quoi demain sera fait.

OMEN : La confiance de Monseigneur m’honore et si je peux lui promettre…

THEODARD AMAURY : De la confiance ? Il nous semblait pourtant évident que nous, Théodard Amaury, Baron de D., ne pourrions jamais éprouver la moindre confiance envers une aussi méprisable engeance que vous. Grim, ici présent, saura se montrer plus efficace que le serment le plus solennel, puisqu’il saura, s’il nous arrive quelque accident, si bénin soit-il, que celui-ci est dû à votre négligence. Et soyez assuré qu’il connaît des châtiments qui vous feraient envier l’existence de ces créatures que vous aviez pour serviteurs dans votre tanière.

(Exeunt Théodard Amaury et le Bourreau.)

Scène 4

Deux voix se font entendre à travers le mur gauche.

PREMIERE VOIX : Oulah. Cet adieu était franchement effrayant. Je voudrais vraiment pas être à la place du pauvre type de l’autre côté du mur.

SECONDE VOIX (sarcastique) : Ben voyons. D’autant que la situation a l’air tellement plus brillante de ce côté-ci.

OMEN (en aparté) : Voilà deux voix que j’ai déjà entendues.

PREMIERE VOIX : Si j’étais toi, j’irais mollo sur l’ironie. J’te rappelle que c’est grâce à tes stupides mensonges qu’on se retrouve ici en bas.

La SECONDE VOIX appelle : Gardien ! Gardien ! Je pourrais changer de cellule pour prendre celle d’à côté ? Je préfère la partager avec un nécromancien plutôt qu’avec un abruti complet.

PREMIERE VOIX : Oh, très élégant, bravo. De toute façon, c’est pas un nécromancien. C’est lui qui l’a dit.

SECONDE VOIX (singeant la Première) : ‘‘C’est lui qui l’a dit.’’ Parce que tu penses que tu peux te fier à quelqu’un comme lui ? Tu te souviens pas de ce corps sur lequel t’a trébuché, là-bas ? Un zombi mort, que c’était. Même que tu t’es presque évanoui. Et maintenant tu as le culot de prétendre que c’était pas de la nécromancie ?

PREMIERE VOIX : En gros tu es en train de dire que tu préfèrerais partager ta cellule avec quelqu’un à qui tu fais pas confiance plutôt qu’avec le collègue avec lequel tu as affronté tant de dangers ?

OMEN : Pour tout dire, je n’ai pas dit ne pas pratiquer la nécromancie. J’ai dit que c’était un hobby.

(Bref silence.)

SECONDE VOIX (tendue) : Vous… heu… vous pouvez nous entendre ?

OMEN : Comme vous n’avez manifestement pas manqué un mot de mon récent entretien, la réciproque ne devrait pas sembler si surprenante, non ?

(Bref silence.)

PREMIERE VOIX : C’est pas idiot. Tu aurais dû y penser avant de poser la question.

OMEN : Je dois dire à ce propos que je suis un peu surpris que notre hôte si méticuleux ait négligé de faire vider les cellules voisines afin d’assurer le secret de ses tractations.

PREMIERE VOIX : Oh, ben nous ignorions qu’on ne pouvait employer celle-là. Vous voyez, quand on a été envoyés ici…

SECONDE VOIX : Suite a un regrettable malentendu, d’ailleurs. On est des gens honnêtes, voyez. Des gardes, en fait.

PREMIER GARDE : Comme je disais, quand on a été envoyé ici, grâce aux mensonges à deux sous de mon collègue…

SECOND GARDE : J’essayais juste de sauver notre peau.

PREMIER GARDE : Oh le sale menteur ! T’essayais de t’attribuer tout le mérite…

SECOND GARDE : Encore ? Écoute…

OMEN (les interrompant) : Quoi qu’il en soit, vous avez été envoyés ici et… ?

SECOND GARDE : Quand on a dit au gardien qu’on devait être enfermé, il nous a donné les clefs en se marrant et nous a dit de les jeter à travers la grille quand on aurait fini.

PREMIER GARDE : Ha ! Ça se fout des autres, mais (criant avec mépris) c’est infoutu de savoir quelles cellules sont hors limites dans sa propre prison !

SECOND GARDE : Chut ! Il va t’entendre et venir !

PREMIER GARDE : Peuh ! Tu voulais pas changer de cellule, de toute façon ?

SECOND GARDE : Ce que tu peux être rancunier ! Sans vouloir vous offenser, m’sieur, je crois que je vais finalement rester avec mon collègue. Des trucs de gardes, vous savez : se serrer les coudes quoi qu’il arrive et tout le bataclan.

OMEN (amusé) : Admirable. Quoi qu’il en soit, je crains que lorsque le Baron aura appris dans quelle cellule vous vous êtes enfermés vous ne soyez aussitôt exécutés.

PREMIER GARDE : M-m-mais ! C’est pas juste ! On a choisi au petit bonheur !

OMEN : Au petit malheur, plutôt. Vous m’en voyez franchement désolé pour vous.

(Bref silence.) (On entend le Premier Garde sangloter un peu.)

SECOND GARDE : Hem ! Monsieur… ?

OMEN : Oui ?

SECOND GARDE : Vous avez dit que vous pouviez lire l’avenir, pas vrai ?

PREMIER GARDE (reniflant) : Tu vas quand même pas croire à ces sornettes ! Tu crois qu’il se serait fait arrêter s’il pouvait savoir ce qui va se passer ? C’est évident qu’il se serait tiré avant que le chevalier Gaerwing et nous n’entrions dans ses ruines !

OMEN: Sauf si je n’ai pas fui précisément parce que je savais que j’allais être arrêté…

PREMIER GARDE : C’est crétin. Si vous saviez que vous alliez être arrêté, vous saviez comment et, du coup, vous pouviez l’éviter, non ?

OMEN : Mais si j’avais été sur le point de l’éviter, je n’aurais pas été sur le point d’être arrêté, n’est-ce pas ?

PREMIER GARDE (perplexe) : Je suppose, oui.

OMEN : Je n’aurais par conséquent pas pu prédire cette arrestation puisqu’elle n’aurait pas été sur le point de se réaliser.

SECOND GARDE (concentré) : Est-ce que ça veut dire que vous n’auriez pas fui et qu’alors vous auriez été arrêté quand même ? Mais alors…

PREMIER GARDE : Je commence à avoir mal au crâne. Si j’avais su qu’on en viendrait à de la philosophie, je l’aurais coincée. Pose plutôt ta question, ou on n’en sortira pas.

SECOND GARDE: Je voulais justement savoir si on allait s’en sortir.

OMEN : Si cela peut vous rassurer, sachez que vous ne mourrez pas avant d’avoir tous deux connu la morsure d’un tabouret.

PREMIER GARDE : Ha. Une réponse sibylline. Génial.

(Rideau)

Scène 5

Devant le rideau baissé.

(Entrée en scène de l’Épilogue.)

L’EPILOGUE : Discorde. Comme le dramaturge s’est efforcé de l’illustrer durant cet acte, notre monde est, sous bien des aspects, un monde de discorde. Celle-ci ne se limite toutefois pas aux conflits entre nobles qui cherchent à accroître leur pouvoir, leurs richesses et leurs terres, pas plus qu’aux chamailleries incessantes de nos Gardes Idiots. Non ; elle se manifeste également lorsque des acteurs séniles ressassent inlassablement un passé de gloriole révolue, incapables de comprendre que l’heure de la retraite a depuis longtemps sonné et qu’il est temps de laisser la place à ceux qui l’emportent sur eux en jeunesse et en compétence.

En parlant de changement, il me faut vous dire, cher public, qu’en raison d’importantes modifications du décor, il vous faudra attendre quelque peu avant que le quatrième acte ne puisse commencer. Certains pourraient vouloir profiter au mieux de ce répit qui leur est accordé, par exemple en achetant des tomates et des œufs pourris à jeter au Prologue. Vous pourrez en obtenir près de l’entrée, au prix ridicule de deux septims la douzaine.

N’oubliez pas, toutefois, de reprendre place avant le début du quatrième acte, durant lequel vous pourrez regarder de superbes Jeunes Filles Légèrement Vêtues –mieux vaut tard que jamais– et entendre le poignant récit d’un amour interdit… quelques instants seulement après vous être débarrassé de vos projectiles.

(L’Epilogue sort.)

Ainsi s’achève l’Acte Troisième.
tiaremoana
tiaremoana

Nombre de messages : 116
Date d'inscription : 03/05/2006

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: [livre] A l'écoute de ses rêves (Not Quite Dead)

Message par Contenu sponsorisé


Contenu sponsorisé


Revenir en haut Aller en bas

Revenir en haut

- Sujets similaires

 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum